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Aziz Diop, président RDC : «il y a des leaders qui donnaient de la drogue aux jeunes pour qu’ils descendent dans la rue »

le 09/06/2014 à 10h21

Ancien secrétaire exécutif du CNOSC-G (Conseil national des organisations de la société civile guinéenne), Aziz Diop a récemment lancé une plate forme dénommée Réseau dynamique citoyen (RDC). Nous l’avons rencontré pour une causette sur la situation sociopolitique du pays. Lisez… 

Vous avez mis au monde un bébé, le CNOSC, que vous avez adoptez jusqu’à l’âge adulte et après, vous l’abandonnez. Qu’est ce qui s’est passé pour que vous l’abandonniez ?

Je ne suis pas le seul à mettre le bébé au monde. Il y avait les précurseurs de la société civile comme,  feu Ben Sékou Sylla, Bakary Fofana (ndlr, actuel président de la CENI), Hadja Saran et tant d’autres. J’étais jeune à l’époque, c’est dans ce cadre-là, que j’ai pu participer au débat national sur le développement participatif,  et aussi, j’ai pu avoir l’opportunité de participer à la première assemblée générale constitutive du CNOSC (Conseil national des organisations de la société civile). J’ai évolué dans cet environnement-là, pendant des années. Le contexte politique fait qu’aujourd’hui, aucune organisation, quelque soit sa diversité, son implantation territoriale, ne pourra répondre aux attentes des populations. Il faut des organisations thématiques. Nous avons notre assemblée nationale aujourd’hui, il faut que les organisations de la société civile s’intéressent aux actions de développement, c’est extrêmement important. Car on n’est mieux servi que par soi-même. 

Il y a quelques mois, du bruit a couru dans la cité faisant état d’accusation de l’ancien bureau du CNOSC dont vous étiez le secrétaire exécutif, de mauvaise gestion et de détournement. Un comité d’audit a été mis en place pour vous auditer. La création d’un nouveau réseau par vous, n’est-elle pas une fuite en avant ?

Je suis heureux que vous me posiez cette question-là. Je rappelle que je n’étais pas gestionnaire au niveau de la société civile, parce que, je n’avais aucun mandat de gérer. Il y avait un bureau géré par un président. Je n’ai donc jamais signé une convention engageant le CNOSC. Même pour les affaires d’argent, je n’ai jamais été signataire d’un compte. Donc, le bruit dont vous parlez est lié au fait que les guinéens ne soient pas intelligents. Quand on fait courir un bruit et que le bruit s’arrête sans aucune finalité, les gens ne s’interrogent pas quel était le contexte. Parce que, c’est vu ma forte personnalité que les gens ont voulu ternir mon image pour ne pas que je sois  président du CNOSC. Heureusement que je ne suis pas un homme à polémique, je suis un homme d’action. Jusqu’à présent, je vous rassure, qu’il n’y a pas eu de preuve contre Aziz Diop. Ils ont engagé les audits, mais lorsqu’ils se sont rendu compte que je n’étais qu’un simple technicien et qu’il y avait une DAF qui était responsable des finances, ça les a beaucoup dérangés et ils étaient obligés de se taire.

Vous venez de lancer le Réseau dynamique citoyen, RDC. Quelle est la particularité de cette nouvelle plateforme de la société civile?

La valeur ajoutée de la plateforme de la société civile dénommée réseau dynamique citoyen, est la promotion de la participation, la mobilisation et la responsabilisation citoyenne. Nous nous engageons à prendre les préoccupations citoyennes pour les soumettre auprès de l’assemblée nationale pour leurs prises en compte. Nous pensons que la société civile, normalement, doit réorienter son rôle vers le développement à la base et le bien être. Donc, tout ce qui va contribuer à cimenter le bien être du guinéen, nous sommes dans ce sens. Nous ne serons plus dans une logique de défendre des politiques globales. Nous nous intéresserons aussi à l’élaboration des politiques publiques en faveur des citoyens, faisant des lobbyings auprès des citoyens. C’est pourquoi, dans notre maillage, nous avons au moins 10 sentinelles par quartier et par district à travers le pays, qui vont jouer le rôle de veille, pas pour emmerder les responsables locaux, mais pour les accompagner dans leurs initiatives locales et à la définition des programmes de décentralisation en faveur des populations.

Pourquoi s’être séparé du CNOSC ?

Ecoutez, je suis membre fondateur du CNOSC. Et au-delà de ce titre, il m’a été confié le poste de secrétariat exécutif, cela, vu mon expertise et ma connaissance de l’environnement des partenaires. J’ai assumé cette responsabilité pendant une quinzaine d’années. J’ai formé beaucoup de jeunes, il était donc important de passer la main. Ça a été fait dans un contexte de trouble, mais qu’à cela ne tienne, tout s’est finalement bien passé. Auparavant, il y a eu la révision statutaire pour supprimer le poste du secrétariat exécutif au profit d’un secrétariat administratif contrôlé par les membres du bureau. Je rappelle que j’ai crée ici l’une des plus grandes associations de jeunesse, après quatre ans de gestion, j’ai quitté pour laisser la main aux jeunes pour qu’ils s’approprient et assument leur responsabilité. C’est l’association des jeunes et amis de Madina où plus de 100 jeunes étaient payés chacun, grâce à une convention qu’on avait avec les commerçants, à 200.000fg par mois. J’ai formé pas mal d’animateurs de la société civile. C’est une fierté pour moi.  Donc, c’est à la demande de jeunes associations et ONG, que je me suis engagé à mettre en place le RDC. Avec ce réseau, nous allons nous focaliser sur la culture de la citoyenneté, l’éducation civique. La Guinée a toutes les potentialités naturelles pour se développer. Mais est-ce, le gouvernement qui manque de moyens ? Est-ce, les collectivités? Je crois que, si le citoyen est éduqué et formé dans le cadre de la gestion, tout rentrera en ordre et notre pays sortira définitivement de l’ornière.

Aziz Diop alors secrétaire exécutif du CNOSC n’avait pas sa langue en poche et n’hésitait pas de dénoncer certains dérapages politiques. De par vos interventions récurrentes, on est allé jusqu’à qualifier la société civile de politique. Etes-vous dans la même dynamique ?

Bon, il faut convenir avec moi que le contexte politique a beaucoup changé. C’est vrai qu’Aziz Diop en tant que secrétaire exécutif du cnosc, s’est engagé pour la résolution de certaines questions politiques. Mais ce n’est plus le même Aziz Diop qui va s’engager ! La politique est un domaine très complexe. Il y a toujours risque de manipulation, de dérives verbales. C’est pourquoi, je préfère désormais, écouter, dialoguer avec les autres plateformes, sensibiliser les citoyens, les informer sur les enjeux actuels. Même s’il faut reconnaitre que, les engagements politiques ne sont, malheureusement, jamais tenus. Regardez les accords d’Ouagadougou, ça n’a jamais eu un début d’application. Contrairement à ces accords, nous voulons que les engagements du 3 juillet soient respectés.

Vous voulez nous dire que vous avez été manipulés par le passé ?

Non pas du tout ! Quand vous voulez aller très vite aux élections, il y a des partis politiques qui ne sont pas prêts à aller, tandis que, d’autres eux, veulent aller. Si vous ne faites pas attention, on va vous taxer de partisan. C’est pourquoi, la société civile aujourd’hui doit pouvoir prendre beaucoup plus de recule par rapport à la chose politique pour qu’elle puisse être plus au service  du changement et au service du citoyen. C’est extrêmement important. Donc, nous voulons être au service du changement auprès des populations pour les informer.

C'est-à-dire s’occuper de moins en moins des questions politiques ?

Oui. Parce que vous savez, les questions politiques sont relatives. Et vous voyez les grandes mutations. Ceux qui s’opposaient hier sont ensemble aujourd’hui. Donc, il faut que la société civile prenne beaucoup de recule et qu’elle se professionnalise. On veut une société civile professionnelle. Quand on parle d’une société civile, il faut qu’elle soit capable de maitriser les mécanismes d’élaboration d’une politique sectorielle et capable de connaitre les mécanismes d’élaboration d’une politique nationale, d’en discuter et d’apporter  des amendements.

Le pays se trouve actuellement en difficulté d’organiser les élections locales, à cause du non respect de l’accord du 3 juillet 2013. Avant de vous éloigner des questions politiques, comme vous le prétendez déjà, que dites vous de cette situation qui risque de provoquer une nouvelle crise politique dans le pays ? 

Aujourd’hui, il faut faire attention par rapport au rôle de la société civile face au blocage prévisible dû au non respect de l’accord du 3 juillet. Avec la multiplicité des plateformes, au moins 5 plateformes sont sur le terrain, il serait intéressant de créer un cadre de concertation pour résoudre les questions politiques. Surtout, on n’est plus audible, on ne pèse pas comme avant, sur le plan politique. Ceci est dû au fait que chaque plateforme est soupçonnée de rouler  pour un parti politique. Donc, si nous voulons être une société civile crédible et forte, il faut que ces questions (politiques) là soient résolues dans l’unité d’action et de réflexion.  

On vous soupçonne d’avoir des accointances avec le pouvoir en place. Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous avez créé un réseau pour soutenir les actions du gouvernement ?

Bon vous savez, nous sommes dans un pays très difficile où on est mal compris quand on dit la vérité. Moi j’ai toujours soutenu les principes démocratiques. Aujourd’hui, on a un président légalement élu dont le challenger a reconnu sa défaite. Il faut reconnaitre que toute action visant à perturber ou affaiblir un gouvernement va forcement avoir un incident sur la vie des citoyens. C’est vrai, il y a eu des violences à Conakry que j’ai dénoncées. Il y avait une stratégie pour certains qui estimaient qu’il fallait compter le nombre de morts pour que la communauté internationale dise que le président (ndlr, Alpha Condé) est incapable de gérer ses propres citoyens. Alors qu’il y avait des leaders qui achetaient de la drogue pour donner aux jeunes pour qu’ils descendent dans la rue. On a fait le monitoring de ces violences et j’ai dénoncé, puisque j’avais des preuves. Les gens m’ont taxé de soutenir Alpha Condé et je leur ai dit que je ne le soutiens pas, mais qu’on va accompagner notre démocratie balbutiante. Regardez Wade, c’est un des grands apôtres de la démocratie au Sénégal, il a pris le pouvoir et il l’a rendu parce qu’on ne peut pas le garder. C’est pour vous dire que les citoyens de 1984 sont différents des citoyens de 2014. Aujourd’hui, le monde est devenu un village planétaire. Il y a l’internet qui constitue une grande révolution technologique. C’est dire, qu’on ne peut rien bloquer ni cacher dans le pays. On a donc intérêt à ce que notre démocratie soit garantie.

Installée depuis janvier dernier, quelle appréciation faites vous de l’assemblée nationale guinéenne qui évolue en dent de scie ?

Que ça évolue en dent de scie ou pas, c’est d’abord, la volonté des citoyens guinéens d’élire des députés qui vont parler dans un cadre formalisé des questions nationales et internationales. Aujourd’hui, on a une assemblée pluraliste même si nous avons une majorité (simple). Maintenant, c’est à nos députés de transcender leurs clivages partisans pour que si des propositions concrètes viennent de l’opposition, qu’elles soient prises en compte. Et vice-versa. C’est pourquoi, j’ai salué la conférence de presse de M. Cellou Dalein Diallo qui a reconnu qu’il y a une avancée dans le cas de Rio Tinto. Tout en précisant que les négociations n’ont pas commencé aujourd’hui. Mais c’est qui est important, ce que l’Etat étant une continuité, nous sommes arrivés à un point où il y a une volonté politique pour que les choses soient claires. C’est ce qui nous a donné ces 20 milliards de dollars avec 45 mille emplois. C’est une telle opposition que nous voulons. Moi, j’ai qualifié M. Dalein qui est un homme extrêmement modéré, d’un vrai démocrate qui fait la part des choses entre politique et extrémiste et entre politique et ennemi. Il n’est pas ennemi à Alpha Condé, ce sont des adversaires politiques, par rapport à la vision qu’il prône pour la Guinée. C’est pourquoi, moi, je le considère comme le Ghandi guinéen et Alpha Condé qui est au pouvoir qui dit qu’il est le Mandela guinéen. Il faut donc tout faire pour que ce Mandela-là, puisse réunir les guinéens, pour que le pays avance. Parce que, les gens sont jaloux de nous dans la sous-région.  On a toutes les potentialités naturelles, les autres n’ont que du sable. Nous devons unir nos forces pour réussir. C’est dire qu’on ne doit pas tout laisser au gouvernement.

On tire vers la fin du premier quinquennat d’Alpha Condé. Quel bilan faites-vous de sa gestion ?

C’est un bilan qu’on peut apercevoir en deux dimensions. La première dimension, c’est par rapport à l’orthodoxie financière. Il y a du progrès. La Guinée a rétabli ses relations avec l’ensemble des institutions de Breton Wood. La Guinée est écoutée dans les grandes assemblées parce qu’elle est à jour dans presque toutes les institutions internationales. Ça c’est une avancée. Sur le plan infrastructurel, il y a eu aussi des progrès. Nous avons la route Dabompa-Km36-Coyah, le pont Kaka, la route Mamou-Dabola, Mamou-Faranah qui va permettre de désenclaver la Guinée. Il y a aussi la politique agricole. Depuis au moins 3 ans, la pauvreté a changé de camp. Aujourd’hui, dans toutes les zones rurales de la Guinée, les gens vivent bien. Ils sont à l’abri de l’insécurité alimentaire, les greniers sont pleins. Et paradoxalement dans les zones urbaines, il y a la précarité, la pauvreté. Les fonctionnaires sont appauvris. Je crois que c’est le dialogue social qui va nous permettre de s’intéresser à ce monde urbain-là, en créant une possibilité d’emplois des jeunes. J’ai comme l’impression que c’est le travail qui chôme en Guinée et non les jeunes. Il y a beaucoup de boulots en Guinée. Il y en a certains dont on est prêt à faire en Europe, mais pas Guinée. Tu entends certains gens dire qu’ils ne peuvent pas balayer la rue parce qu’ils sont sortant d’université. Il faut qu’on développe le savoir-faire. On sort des universités avec une petite connaissance, qu’il faut développer. Il n’y a pas d’opportunités pour que les jeunes qui sortent des universités soient des bons professionnels dans les différents secteurs. Mais c’est le jeune qui se déploie avec  beaucoup de peines, en se frayant son propre chemin. Je crois que tout ça doit être revu. En résumé, le bilan d’Alpha Condé est encourageant.   

Propos recueillis pas Abdoul Malick Diallo pour

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