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Cheick M’baye manager de l’ONG WAHA : « nous sommes convaincus qu’il faut donner une approche plus humaine du traitement d’Ebola »

le 27/09/2014 à 19h34

Dans cette interview avec le manager de l’ONG WAHA international, deux thèmes sont abordés. A savoir : la santé maternelle et la lutte contre la propagation d’Ebola dans lequel CHEICK M’baye donne une nouvelle ‘’approche plus humaine’’ dans le traitement des malades d’Ebola  en Guinée.

Kibanyiguinée.info- Quel est le domaine d’intervention de votre ONG?

CHEICK M’baye: WAHA international est une ONG française basée à Paris qui travaille à peu près dans une quinzaine des pays en Afrique principalement pour la santé maternelle. Notre objectif est d’aider les pays, les communautés  à  réduire le taux de mortalité maternelle. Elle  a été fondée en 2009 avec des collègues qui travaillaient chez médecins sans frontières. Nous nous sommes réunis pour lancer cette ONG-là. Nous savions qu’il y avait un problème qui était méconnu. Il y avait des personnes qui souffraient, pas grand monde ne s’occupait d’eux qui étaient donc, les femmes. Il y a un fléau qui s’appelle la futile obstétricale qui survient pendant les accouchements difficiles.  Après cela, quand l’enfant qui est le plus souvent mort-né développe ce qu’on appelle la fustile à savoir la perte des urines, des scelles tout le temps. C’est un fléau parce que la femme en souffre et elle est souvent rejetée par son mari. Donc, nous avons pris à cœur et nous avons formé cette ONG-là pour aller dans ce sens. Nous travaillons dans une quinzaine des pays où nous menons des opérations pour aider les femmes atteintes de fustile. Nous faisons des opérations de traitement de fustile gratuitement. Ici à Conakry où nous travaillons depuis 2010  avec le professeur Sékou Guirassy qui est un urologue, avec la l’association guinéenne de lutte contre la fustile obstétricale santé maternelle où nous avons aidé plus de trois cents femmes à être opérées gratuitement avec un partenariat avec l’hôpital. Nous faisons la même chose partout. Comme on n’aime le dire « vaut mieux prévenir que guérir ». Nous faisons tout pour réduire le taux de mortalité maternelle et infantile qui est l’un des objectifs du millénaire pour le développement de 2015 qui va bientôt venir. Dans ce cadre-là, nous essayons d’aider les femmes à accéder aux soins de santé de qualité pendant leur grossesse. Nous les aidons à suivre leur consultation prénatale. Nous formons les sages-femmes parce que nous sommes certains que le pilier de tout cela ce sont les sages-femmes. Dans tous les pays où nous travaillons, nous travaillons avec l’association des sages-femmes, des gynécologues    pour aider les femmes à accéder aux soins de santé et avoir une maternité apaisée et pour accoucher normalement sans complication.  

Kibanyiguinée.info- Votre domaine d’intervention c’est la santé maternelle. Qu’est ce qui explique votre présence à Conakry pendant que c’est Ebola qui y sévit ?

CHEICK M’baye: Cela tient sur plusieurs choses. Premièrement nous avons vu et nous avons compris que les statistiques montrent qu’il y a plus des femmes qui meurent d’Ebola. Cela est du à deux facteurs, ce que la femme  est en première ligne quand il s’agit de supporter quelqu’un qui est malade dans la famille.  Quand le mari est malade c’est la femme qui s’en occupe de même que l’enfant. C’est pour cela que les femmes sont souvent dans la contamination.  De même dans les travailleurs de la santé aussi, il y a un bon nombre des femmes qui sont dedans.  Cette préoccupation liée au genre nous fait poser la condition de notre intervention. Deuxièmement nous avons des relations très serrées avec le ministère de la santé avec qui nous avons un  accord de partenariat. Nous avons un partenariat avec la coordination nationale de riposte à Ebola tout comme la fondation PROSMI à qui nous avions même donné des motos ambulance qu’ils ont déjà déployés dans les régions pour aider au transport des femmes quand elles vont accoucher ou quand elles vont avoir de complication obstétricale pendant leur grossesse. Tous ces facteurs liés au fait qu’Ebola étant un problème de santé publique, nous interpellent particulièrement et nous avons  le devoir d’intervenir à ce niveau-là. D’autant plus que nous avons une approche qui est très liée à la communauté. Nos actions se font toujours dans les communautés. Quand nous travaillons dans la santé maternelle nous avons des relais communautaires que nous formons qui vont aller visiter les femmes enceintes et qui vont les aider à avoir une suivie de grossesse normale. Face à Ebola nous pensons la même chose. Nous sommes convaincus que la solution à Ebola se trouve au niveau des populations. Donc, en travaillant avec les populations on peut avoir une solution. Voilà notre approche et notre stratégie face à Ebola et la raison de notre action là dedans. Nous ne pouvons pas parler que de santé maternelle parce qu’il y a un fléau comme Ebola qui est là et que nous pouvons apporter des solutions. Voilà notre la raison de notre présence.

Kibanyiguinée.info- D’autres ONG comme OMS, MSF mènent des activités contre Ebola sur le terrain. Est-ce que vous avez des relations avec celles-ci ?

CHEICK M’baye: Nous pensons que face à un problème tel que Ebola toutes les volontés sont à prendre parce que vous savez Ebola touche toute la population guinéenne et au-delà. Tous les acteurs peuvent apporter leur contribution. Nous ne pensons pas qu’il y ait des ONG qui doivent s’occuper uniquement de cela et que les autres ne s’emmêlent pas.  Toutes les ONG qui peuvent apporter leur contribution doivent le faire pour la population guinéenne. C’est pour cela que nous ne nous positionnons pas en des acteurs tels qu’OMS, MSF. Ils ont fait un travail qui est excellent. Nous venons en appui à cela. Nous travaillons avec docteur Sakoba de la coordination, avec docteur Sékou Condé avec qui nous avons de très bonnes relations et à qui nous avons expliqué notre stratégie. Notre approche se fait globalement. Je vous disais que nous pensons qu’Ebola est un problème qui touche la communauté qui part de la communauté et donc, il faut aller dans les communautés. Pour se faire, il faut comprendre d’abord, l’approche,  les comportements de la population face à la maladie. Si on ne comprend pas son comportement on ne peut pas adapter les messages qu’on doit donner aux populations.  Et on ne peut faire une bonne mobilisation communautaire. Juste un exemple, quand vous dites à la population  vous avez une maladie qui actuellement n’a pas de traitement connu et que quand ça  vous arrive vous avez 30% de  chance de vous en sortir. C’est quelque chose qui cause un vrai problème au niveau des populations et surtout par rapport à leur comportement face à la maladie. Nous qui sommes africains nous savons que la relation que nous avons dans nos sociétés est très proche. Le problème de la maladie se traite d’abord dans la famille. Quand quelqu’un est malade, le premier reflexe ce qu’on en parle d’abord en famille. Les proches vont aider à comprendre parce qu’ils compatissent toute suite et donc, ils vont aider à trouver des solutions, des diagnostics. Ils vont aller voir d’abord, des solutions locales. Nous ; pour comprendre tout ça nous avons pris langue avec des sociologues guinéens et anthropologues. Nous en avons beaucoup parlé avec docteur Bano   Barry. Il nous édifié sur la façon et sur le comportement de la famille guinéenne et de la société guinéenne. Il faut partir de ces déterminants-là pour pouvoir donner des réponses. Docteur Bano nous a édifiés sur trois facteurs qui sont liés à Ebola. Le premier ce qu’Ebola mène une rupture au niveau de la société. En Afrique nous aimons bien nous toucher. Nous sommes très proches les uns des autres. Donc, forcément en Guinée. Ça c’est une première rupture sociétale qui doit être mal vécue par les sociétés puisque si on était habitué à des accolades, à se toucher entre frères et qu’on ne peut plus le faire déjà il y a quelque chose qui est cachée à ce niveau-là. La deuxième rupture,  quand même Ebola est une maladie qui est liée à l’isolement. Quand on a un malade qu’on ne voit plus et qu’on entend plus et dont on à plus des nouvelles, ça constitue une rupture aussi. C’est donc, très mal vécu et par les malades et par les familles. 

Kibanyiguinée.info- J’espère que vous avez eu à visiter les centres d’isolement implantés en Guinée pour le traitement des malades d’Ebola. Quel constat avez-vous fait ?

CHEICK M’baye: Notre rôle ce n’est pas de juger le travail des autres. Je pense qu’il y a des centres de traitement qui sont en place. Il y a un tôt de guérison qui est à signalé et qu’on ne  dit pas assez. Je pense qu’on doit dire à la population guinéenne qu’Ebola on en guérit. Nous essayons juste d’amener une autre approche qui est liée à tout cela qui est fait pour renforcer cela. Mais je ne suis pas là pour auditer ou pour donner mon avis. Ce que les autres ont fait je trouve que c’est très bien. Maintenant nous sommes convaincus qu’il faut donner une approche plus humaine du traitement d’Ebola. Je ne dis pas que les autres ne le font pas, mais nous constatons simplement les ruptures sociétales.  Le troisième facteur qui était lié à la mort qui faisait que la famille  ne fait pas les rites funéraires comme d’habitude ça aussi c’est une rupture pour nous. Partant de tous ces déterminants, nous avons élaboré une stratégie. Cette stratégie va commencer dans la communauté parce que nous sommes sûrs que c’est dans la communauté que se trouver la réponse. Ce n’est que dans la communauté qu’on peut pour arrêter la propagation d’Ebola. Les centres de traitement ne sont de mise que quand la maladie est là. Nous, nous essayons d’abord d’aller avant que la maladie n’arrive. Nous sommes en train de former dans les communes qui nous ont confié par la coordination qui sont Ratoma, Matoto, les préfectures de Boké et de Kindia. Nous allons former tous les agents de santé de ces communautés parce que nous sommes convaincus que la première catégorie qui est exposée c’est les travailleurs de la santé. Si les travailleurs de la santé sont affectés qui va soigner la population ?  Nous formerons aussi les leaders communautaires tous ce dont la voix compte dans la communauté parce que c’est eux qui peuvent passer le message. C’est pour cela que nous allons former tous les leaders communautaires et religieux, les chefs des quartiers et tous les gens qui peuvent passer le message.

Kibanyiguinée.info- Votre approche qu’est celle d’’impliquer les communautés    dans la lutte contre la maladie est bien. Mais nous avons des inquiétudes surtout liées à la réticence des populations comme ce qui s’est passé à Womey le 16 septembre dernier. Qu’en pensez-vous?

CHEICK M’baye: C’est un état de fait cette réticence populaire, mais c’est liée comme je vous disais aux préalables qu’il faut avoir. Il faut des préalables avant toute sensibilisation. Vous savez les gens confondent information et communication. Communication suppose déjà la connaissance de la cible là où on doit et à qui on doit communiquer et avec qui ont doit communiquer, quels sont les canaux qu’on doit utiliser et quel est le message approprié qu’il faut faire passer. C’est ces déterminants là que nous sommes en train de faire. Nous sommes en train de faire une pré- étude du comportement des populations avec des sociologues guinéens. Nous allons nous reposer sur les ressortissants par exemple de la Guinée Forestière. Nous sommes en train de faire un travail avec Docteur Bano. Nous allons mener des enquêtes avec des ressortissants de ces villes. Nous pensons que c’est ces populations qui connaissent plus les problèmes qui peuvent se parler. Quand on parle de formation par exemple nous avons démarré une formation le mardi, 23 septembre avec un quartier dans la commune de Matoto pour former tous les enseignants. C’est le représentant académique qui a mobilisé son réseau. Quand vous êtes dans une famille si vous allez directement parler aux enfants vous avez peux de chance d’être entendu. Par contre, si vous parlez avec le chef de famille, lui, il peut relayer l’information. Dans chaque communauté il y a des représentants. Quand nous allons par exemple à Boké ou à Kindia nous allons essayer de trouver les Sotikémos en leur demandant de nous donner des représentants que nous allons former. Dans chaque mosquée, école, centre de santé  nous allons demander   des représentants que nous allons former. Nous formons des formateurs qui vont aller faire passer le message. Nous allons les former sur la compréhension d’Ebola, sur le fait que ça existe, sur le fait qu’on en meurt et qu’on en guérit, sur la prévention, l’hygiène sanitaire, le lavage des mains… le lavage des mains c’est le fondement. Il y a des méthodes pour se laver les mains. C’est une prise de conscience. Il faut que tous guinéen se sente concerné par Ebola, qu’Ebola peut commencer par lui et peut s’arrêter par lui. Nous allons les mobiliser pour faire comprendre que la propagation d’Ebola se fait par contact. Si chaque guinéen est conscient de ça, nous pensons qu’il y aura un début de réduction tout au plus de la propagation.

Kibanyiguinée.info- Les séries de formation et les campagnes de sensibilisation demandent des moyens matériels et financiers. Comment vous allez vous trouvez les moyens pour aller à bout de votre stratégie ? 

CHEICK M’baye: Comme on le fait partout, nous commençons toujours avec nos propres moyens. Nous avons des partenaires avec qui nous travaillons. Nous sollicitons toujours  nos partenaires et c’est ce que nous sommes en train de faire. Par exemple notre approche de la maladie comme je vous le disais pour faire en sorte que les malades aient un traitement plus humanisé de cette épidémie, nous pensons qu’il est plus approprié de mettre les malades dans un endroit plus rassurant. Une maladie dont la létalité est très stressante, si les conditions d’hospitalisation renforcent son stress, le malade a peu des chances que ses défenses immunitaires puissent être renforcées pour combattre cette maladie. L’un des facteurs les plus importants pour survire à cette  maladie dépend des défenses immunitaires. L’un des facteurs qui peut aider tout au plus c’est de mettre les malades dans des conditions plus au moins acceptables. C’est pour cela que nous avons une tente de décontamination qui peut être utilisée comme SAS de décontamination. Nous avons demandé à la coordination s’il était possible de nous allouer un bâtiment. Nous souhaitons faire les choses dans les murs que hors les murs. Nous avons des tentes pour faire ça. Mais nous pensons que l’approche tente c’est trop à l’extérieur. Quand on est malade sous une tente avec la chaleur et ou quand il pleut ça n’aide pas. C’est pour cela nous avons sollicité à la coordination si on peut avoir un bâtiment et nous allons les transformer en centre de transit avec toutes les précautions qu’il faut. Vous avez pu voir le prototype de notre SAS de décontamination à la pharmacie centrale. Sans faire de comparaison, sans essayer de rentrer dans un débat qui ne me concerne pas, je dirai simplement que les malades occidentaux qui ont été transférés dans leurs pays n’ont pas été mis dans des tentes. Je  ne compare pas, je dis simplement que l’endroit où on les a mis c’était dans des pavillons, dans des bâtiments et que des SAS de décontamination qu’ils ont mis là-bas en sécurisant le personnel redonnait confiance aux malades. Et en redonnant confiance aux malades cela a aidé peut être à les guérir. En procédant de la même façon, nous parviendrons peut être à un peu plus à renforcer la confiance du malade  et peut être par la même renforcer sa confiance immunitaire pour pouvoir combattre lui-même cette maladie. C’est ça notre approche… Nous avons constitué une équipe formée des experts et des professionnels qui ont une expérience d’Ebola qui ont déjà travaillé six mois avec la croix rouge et avec d’autres acteurs. Ce personnel qui sont des guinéens d’ici et qui parlent les langues locales ont déjà démarché toute la commune de Matoto et celle de Ratoma. Ils sont en train d’organiser les mobilisations pour commencer les formations très vite. Notre préoccupation c’est toujours aussi, les femmes et les enfants.  Le coordinateur a parlé  le nombre d’enfants affectés. C’est un autre problème qui risque d’y arriver.  Pour les femmes avec notre partenaire PROSMI nous sommes en train de voir une mobilisation du genre. Nous sommes en train de travailler pour mobiliser les femmes et les pour sensibiliser sur la maladie et sur les préoccupations à prendre quand un de leurs proches est malade. Pour la rentrée scolaire, nous sommes engagés auprès de la coordination à doter  dans les communes et préfectures où  nous sommes   toutes les écoles des dispositifs de lavage des mains, à former tous les enseignants, à donner aux enseignants des équipements individuels de protection parce qu’il est nécessaire de dédramatiser cette épidémie.  Mais elle a été portée d’une façon que ça fait peur aux gens parce que si vous n’aviez jamais vu quelqu’un habillé comme ça qui vient pulvériser chez vous, partir avec votre malade, vous avez peur. Et ça crée la réticence au sein de la population. Nous voulons montrer à la population que c’est quelque chose de nécessaire que la population doit même en avoir. Nous allons mettre dans les gargotes autour des écoles un dispositif de lavage des mains. Nous avons aussi vu avec la coordination que les élèves qui reviennent des vacances nous allons  les recenser. Nous sommes en train de travailler sur un outil épidémiologique qu’on va mettre sur des tablettes et qu’on va remettre aux agents qui vont aller faire ces recueils dans les écoles pour aller vite parce que si on attend à imprimer les feuilles avant de faire les enquêtes pour faire l’enquête feuille par feuille on ne s’en sortira pas.         C’est pour cela nous avons toujours l’innovation dans nos actions.  Encore pour les écoles nous avons vu avec la coordination que quand on  va détecter un enfant affecté ou suspecté qui sera en quarantaine, ça sera dur pour lui, parce qu’il ne va pas suivre l’enseignement. Donc, nous pourrons voir comment on peut aider pour lui donner des soutiens scolaires pendant cette période-là. 

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo

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