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VIGILOR SECURITÉ

GUINÉE : VAGUE DE RÉACTIONS APRÈS L’ENLÈVEMENT DE L’ACTIVISTE ABDOUL SACKO

L’arrestation spectaculaire et violente du coordinateur national du Forum des forces sociales de Guinée, à Conakry, suscite de vives réactions au sein de l’opinion nationale et internationale. Les organisations de défense des droits de l’homme, la classe politique guinéenne et la communauté internationale dénoncent des violations graves aux libertés individuelles et mettent la pression sur le pouvoir central de Conakry pour la libération immédiate et inconditionnelle de l’activiste Abdoul Sacko.

Interpellé dans des conditions inhumaines dans la nuit du mardi 18 février au mercredi 19 février, aux environs de 4 heures, par des individus masqués venus à bord de trois véhicules, le jeune activiste guinéen, comme ses prédécesseurs Foniké et Billo Bah, est porté disparu depuis. Un commando lourdement armé s’est introduit chez lui par effraction pour l’appréhender. Le modus operandi rappelle celui utilisé contre Ben Laden, en 2011. Le commando a pénétré le toit de la maison, brisé le plafond, pour interpeller l’activiste. Ligoté comme Patrice Lumumba en 1959, il a ensuite été jeté dans l’un des véhicules de ses ravisseurs qui sont partis avec lui, laissant derrière une famille désemparée et une pauvre mère malade et inconsolable.

Cet acte barbare et liberticide, signe de terreur, devenu le quotidien des Guinéens depuis un bon moment maintenant, continue de susciter de vives réactions. Parmi celles-ci, on peut citer celle du Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG), une faitière de la société civile dont Abdoul Sacko est le coordinateur national. « Cet acte constitue une grave atteinte aux droits fondamentaux et aux libertés civiles en Guinée », a déclaré l’organisation quelques heures après l’arrestation de son premier responsable.

Dans la même déclaration, le FFSG a dénoncé avec « la plus grande fermeté la disparition forcée » de son leader et a exigé sa « libération immédiate et inconditionnelle ». L’organisation a aussi demandé aux autorités du pays des « explications sur les circonstances » qui ont conduit à « son enlèvement » et d’indiquer « son lieu de détention ». Avant d’inviter le pouvoir à mettre fin à ces « actes d’intimidation et de harcèlement » contre les acteurs sociaux.

Alarmée et préoccupée par cette situation, l’OGDH (Organisation guinéenne des droits de l’homme), par la voix de son président, dénonce de « graves violations des droits de l’homme » lors de cette arrestation. Souleymane Bah se dit très déçu et condamne cette pratique d’une autre époque qui bafoue le caractère imprescriptible des droits de l’homme.

Même son de cloche au sein de la classe politique guinéenne où les voix sont encore plus audibles pour dénoncer cette énième arrestation. « Cet autre kidnapping, après celui de Oumar Sylla ‘’Foniké Menguè’’, Mamadou Billo Bah, Marouane Camara, Thierno Mamadou Bah de l’UFDG, est d’une gravité extrême. Il illustre une fois de plus la dérive dictatoriale du CNRD. En instaurant un climat de terreur pour faire taire toute voix dissidente, ce régime bafoue les lois nationales et renie les engagements internationaux de la Guinée, révélant ainsi son mépris total pour la démocratie, l’État de droit et les libertés fondamentales », a déclaré l’ANAD (Alliance nationale pour une alternance démocratique) dans la journée de mercredi.

Sur le plan international, cette interpellation fait également réagir. Les États-Unis, par le truchement de leur représentation diplomatique en Guinée, n’ont pas tardé à réagir. Dans des termes diplomatiques, l’Ambassade des États-Unis en Guinée parle d’« incident » mais exige du gouvernement guinéen d’ouvrir rapidement une enquête afin « d’identifier les responsables » de cet enlèvement et de « veiller à ce que les procédures régulières soient respectées ».

L’Ambassade demande aussi de la « transparence sur toute information concernant le statut de M. Sacko ». Elle souligne également : « La recrudescence des détentions de journalistes et de leaders de la société civile est une tendance troublante qui va à l’encontre de la vision déclarée de la Guinée d’un avenir démocratique et prospère fondé sur l’État de droit ».

L’avocat d’Abdoul Sacko, qui s’est aussitôt activé après l’arrestation de son client, affirme avoir saisi le procureur général de la situation. Ce dernier a promis des enquêtes.

Cependant, depuis l’avènement du CNRD au pouvoir, il y a 3 ans, beaucoup de cas similaires ont eu lieu. Des figures emblématiques et anonymes du pays ont été enlevées et ont disparu depuis plusieurs mois. Les enquêtes annoncées n’ont encore donné aucun résultat.

Nous y reviendrons.

 Sidafa Keita pour kibanyiguinee.info