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AES : Burkina Faso, Mali et Niger tournent le dos à la Cour pénale internationale

Après plus de deux décennies de coopération avec la Cour pénale internationale (CPI)- 21 ans pour le Burkina Faso, 23 ans pour le Mali et 25 ans pour le Niger- les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont annoncé leur retrait de l’institution judiciaire internationale.

À compter de ce lundi 22 septembre 2025, le Burkina Faso, la République du Mali et la République du Niger ne font plus partie de la CPI. Dans un communiqué conjoint, signé par le président de leur Confédération, le chef de la transition malienne, le général Assimi Goïta, les trois États ont officialisé leur départ avec « effet immédiat ».

Les autorités de l’AES accusent la CPI d’être un « instrument de répression néocolonial » au service de « l’impérialisme », appliquant une justice sélective. Selon elles, la Cour s’acharne contre certains acteurs, tandis que d’autres, pourtant impliqués dans des crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide ou crimes d’agression, bénéficieraient d’une impunité délibérément entretenue.

« Cette juridiction s’est transformée en instrument de répression néocolonial aux mains de l’impérialisme, devenant ainsi l’exemple mondial d’une justice sélective. En effet, la CPI s’est montrée incapable de prendre en charge et de juger des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de génocide et des crimes d’agression avérés. Pendant qu’elle a observé un mutisme inexplicable et complaisant à l’égard des auteurs de tels crimes, elle s’acharne contre certains acteurs exclus du cercle fermé des bénéficiaires de l’impunité internationale institutionnalisée, y compris en violation de son propre Statut », peut-on lire dans le communiqué parcouru par notre rédaction.

L’AES justifie cette décision par la volonté de ses membres d’affirmer pleinement leur souveraineté. Elle affirme vouloir désormais privilégier des « mécanismes endogènes » pour garantir la paix et la justice dans son espace régional.

Pour rappel, le Burkina Faso, le Mali et le Niger avaient librement ratifié le Statut de Rome instituant la CPI, respectivement le 16 avril 2004, le 16 août 2000 et le 11 avril 2002.

Cette rupture marque un tournant historique dans les relations entre l’Afrique et la justice internationale. Si pour l’AES il s’agit d’un acte de souveraineté et d’émancipation, cette décision risque de raviver le débat mondial sur la crédibilité de la CPI, déjà critiquée pour son manque d’impartialité. Elle ouvre aussi une période d’incertitude : entre volonté d’indépendance judiciaire et risques d’isolement diplomatique, l’avenir du Sahel sur la scène internationale reste plus que jamais scruté.

Touraman Keita