Solitude urbaine : Idrissa Condé, l’invisible dont l’absence n’a parlé qu’à travers l’odeur de la mort
Dans une petite chambre de Dixinn, la solitude a fini par parler plus fort que tous les bruits de la ville. Pendant plusieurs jours, personne n’a frappé à la porte d’Idrissa Condé. Personne n’a demandé de ses nouvelles. Et c’est finalement une odeur lourde, insoutenable, qui a alerté un voisinage pourtant habitué à la discrétion de cet homme de 55 ans, réparateur d’appareils et survivant de fortune dans une ville où l’on vit côte à côte sans vraiment se voir.
Ce lundi 1 décembre, selon le site mediaguinee, qui a rapporté ce récit émouvant, lorsque les autorités arrivent, accompagnées d’un chaudronnier appelé pour forcer la porte en fer, la scène révèle toute la tragédie silencieuse d’une vie isolée. Idrissa git au sol, tourné vers la sortie comme s’il avait tenté un dernier regard vers le monde. Le corps, déjà en décomposition avancée, repose au milieu d’une pièce étroite, encombrée d’objets, de câbles et d’appareils à demi réparés, les seuls témoins de son quotidien.
Idrissa vivait seul. Séparé de sa femme. Loin de ses proches. Loin de ceux qui auraient pu remarquer son absence. L’un de ses rares amis, Bangaly Soumah, se souvient d’un homme discret, presque insaisissable, qui refusait de montrer où il habitait. Le concessionnaire, lui, affirme ne l’avoir pas vu depuis trois mois. Personne ne connaissait sa famille. Le téléphone d’Idrissa ne renfermait que les numéros de clients.
La police scientifique, le procureur, le conseil de quartier… Tous ont tenté de remonter une piste familiale qui n’existait plus. Alors, face à l’évidence du destin d’un homme effacé, ce sont les voisins, ceux qui ne le connaissaient qu’à peine, qui l’ont accompagné à sa dernière demeure.
À Dixinn, l’histoire d’Idrissa Condé rappelle cruellement que, dans la foule d’une grande ville, la solitude peut être profonde… au point que l’on ne s’aperçoit de votre absence qu’une fois que la mort s’en mêle.
Fatoumatou Camara