Déguerpissement à Conakry : Et si le gouvernement avait mis la charrue avant les bœufs ?
Afin d’améliorer la fluidité du trafic, d’assainir la ville et de sécuriser les abords des routes dans la capitale, les autorités guinéennes ont lancé, le mois dernier, une vaste opération de déguerpissement. Déclenchée dans la foulée de l’investiture du président élu, Mamadi Doumbouya, le 17 janvier, l’opération s’est poursuivie dans plusieurs communes de Conakry.
Le génie militaire a été mobilisé pour démolir cabarets, kiosques, boutiques et étals installés sur les emprises publiques. Parmi les principaux sites concernés figurent le Marché de Madina-plus grand centre de négoce du pays-, ainsi que les marchés d’Enco 5 et du KM 36.
Si l’initiative est saluée par une large frange de la population, un point crucial demeure en suspens : le recasement des commerçants impactés. Un mois après le lancement de l’opération, les victimes n’ont toujours pas été réinstallées, malgré les engagements officiels. Dans un pays où 43% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la situation fait peser un risque réel de tensions sociales.
Conscient des enjeux, le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a réuni récemment la gouverneure de la ville, les 13 présidents des délégations spéciales et le secrétariat général du ministère de l’Urbanisme afin d’évaluer les dispositions prises. Il a accordé un délai d’une semaine aux responsables communaux pour identifier des sites susceptibles d’accueillir, au moins provisoirement, les commerçants déguerpis. À terme, l’État promet la construction de marchés modernes adaptés à la pression démographique.
Mais il reste une interrogation de fond : fallait-il commencer par démolir avant d’identifier des solutions de relogement ? À défaut d’un accompagnement structuré, les opérations d’assainissement risquent de produire l’effet inverse de celui recherché. L’expérience passée montre que, sans alternative viable, les emprises libérées sont souvent réoccupées par le commerce informel.
L’objectif d’assainissement est légitime. Mais la méthode interroge : les autorités n’ont-elles pas, une fois encore, mis la charrue avant les bœufs ?
Sidafa Keita