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Kidnapping des proches de Tibou : le film de l’enlèvement narré par sa nièce et l’homonyme de sa mère

La préfecture de Dinguiraye est sous le choc. La cité d’Elhadj Oumar Tall vit entre peur et indignation depuis l’enlèvement des proches parents de l’ancien ministre d’État, Tibou Kamara. Sa mère et sa sœur aînée ont été enlevées par des inconnus dans la nuit du 3 mars dernier, dans la concession familiale. Une opération d’une ampleur inhabituelle pour les habitants de la localité.

S’exprimant par médias interposés, deux témoins oculaires, notamment l’homonyme de la mère de Tibou Kamara et une nièce de la famille, sont revenues sur le déroulement du kidnapping.

Rencontrée par nos confrères d’Africaguinee.com, l’homonyme de la mère de l’ex-ministre d’État a décrit les faits tels qu’elle affirme les avoir vécus. Pour relater la scène, elle apporte d’abord une précision : l’opération s’est déroulée au moment où les fidèles musulmans accomplissaient la prière surérogatoire, aux environs de 20h45.

Mais plus tôt dans la soirée déjà, précise-t-elle, vers 18 heures, la famille est alertée de la présence d’inconnus dans la ville à la recherche du domicile de l’ancien ministre. Ils se déplaçaient à bord de « deux Toyota Land Cruiser et d’un pick-up », souligne-t-elle.

Selon son récit, après cette phase de repérage, les inconnus auraient attendu la tombée de la nuit pour s’introduire dans la concession familiale. Deux visiteurs pénètrent dans la cour vers 20 heures. Ils étaient vêtus entièrement de noir et encagoulés. Ils tenaient en main des boissons — trois casiers de jus et trois paquets de bouteilles d’eau, qu’ils transportaient avec eux.

Toujours selon la témoin, ils ont ensuite distribué des billets de 5 000, 10 000 et 20 000 francs guinéens aux enfants présents dans la cour.

Quelques instants plus tard, ils ouvrent le portail et font entrer deux véhicules. Les hommes se mettent aussitôt à la recherche de quelqu’un. Ils tombent d’abord sur un vieillard. « Non, ce n’est pas celui qu’on cherche, venez, montons par-là, à l’étage », auraient-ils dit après un bref échange en langues vernaculaires (soussou et maninka) et en français.

À l’étage, ils tombent sur une vieille femme affaiblie par le poids de l’âge. Il s’agit de la mère de l’ancien ministre. Hadja Hasmaou Diallo se reposait tranquillement sur un petit canapé, profitant de l’air frais de la nuit. Surprise par la présence d’inconnus dans la maison, elle leur demande : « Mais que faites-vous ici ? »

Sans répondre à sa question, les visiteurs lui demandent de les suivre pour « saluer un hôte ». L’octogénaire refuse catégoriquement. Face à ce refus, ils l’extraient de force de son canapé pour la faire descendre et la conduire dans l’un des véhicules noirs stationnés dans la cour.

Comme la mère de l’ex-ministre, sa grande sœur subira le même sort. Malade et alitée dans l’une des chambres de la concession, elle est à son tour cueillie et embarquée de force.

Sur le site VisionGuinee, Mariam Sow, fille de cette dernière, évoque une scène « horrible ». Selon elle, les enfants présents dans la maison, pris de panique, se sont mis à pleurer, alertant ainsi le voisinage. Dans la concession, la famille a passé le reste de la nuit dans l’inquiétude.

Après leur opération, les assaillants ont quitté les lieux avec les deux femmes pour une destination inconnue.

La famille tente depuis de joindre la grande sœur de Tibou Kamara. Son téléphone crépite longuement, mais aucune réponse ne parvient au bout du fil.

Sidafa Keita