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TOLLÉ GÉNÉRAL AUTOUR DE LA MORT EN PRISON DE DR DIOUBATÉ : LE PARQUET GÉNÉRAL DE KANKAN TENTE DE DÉDRAMATISER LA SITUATION

Encore une fois la justice guinéenne a manqué de pragmatisme et d’anticipation. Il a fallu assez de tollé autour de la mort suspecte en prison du Dr Mohamed Dioubaté pour qu’elle se bouge enfin, tenter de dédramatiser la situation.

Interpellé le 7 septembre dernier, pour avoir mis le feu sur une effigie du général Mamadi Doumbouya, le présumé suspect, un certain Dr Dr Mohamed Dioubaté avait été aussitôt jeté en prison par les autorités préfectorales de Kankan.

Le 26 du même mois, alors qu’on personne ne s’y attendait, on annonce son décès en prison. Le corps est immédiatement rendu à sa famille, le même jour, pour inhumation.

Quelques jours après, alors que tout le monde semblait se résigner, car il n’y a pas eu d’autopsie pour éclairer la lanterne du public, la première autorité préfectorale de Kankan a fait une sortie qui a suscité des doutes sur les causes réelles de la mort du pédiatre. Il a affirmé, à l’occasion de l’inauguration d’une autre effigie du président Doumbouya, que quiconque sera pris en train de faire des graffitis sur l’effigie ou de la déchirer « partira de la même manière que l’autre ». Cette sortie du préfet Kandia Mara, puisqu’il s’agit de lui, devenue ensuite virale sur la toile a suscité de vives réactions au sein de l’opinion.

L’ordre National des Médecins de Guinée (ONMG) dont relève le défunt, s’est aussitôt fait entendre à travers une déclaration rendue publique le 4 octobre, et dans laquelle, il a demandé au procureur de Kankan, « d’ouvrir une information judiciaire afin d’éclaircir les circonstances de la mort de Dr DIABATE. » A défaut, il dit se « réserver le droit de se constituer partie civile et mettre en place un collectif d’avocats chargés de défendre ses intérêts. »

Suite à cette sortie courageuse et menaçante de l’ONMG, le procureur de Kankan est sorti de sa torpeur.

Dans une déclaration lue sur les antennes de la télévision nationale dans la soirée de ce vendredi, le Parquet Général Près la Cour d’Appel de Kankan qui se réveille enfin, a essayé tant bien que mal de dédramatiser la situation.

Pour expliquer les causes du décès du défunt pédiatre, il « informe l’opinion publique nationale et internationale que suivant l’expertise médico-légale d’un corps n°0028/IRSK/HRK/2024 en date du 27 septembre 2024, délivrée par la Direction Générale de l’Hôpital Régional de Kankan, les circonstances liées au décès de feu Dr Mohamed Dioubaté, paix à son âme, médecin âgé de 48 ans sont à rattacher à un cas idiopathique. »

Mais qu’appelle-t-on idiopathique ? En français simple, on appelle maladie idiopathique, une maladie dont-on ne connait pas l’origine. Ce qui veut donc dire, selon le parquet, les causes exactes du décès de feu Dr Dioubaté ne sont pas connues.

Pourtant, si l’on se réfère à la déclaration de l’ONMG, le Dr Dioubaté souffrait de trouble mental qui se caractérise par « des troubles de l’humeur et un épisode d’hypomanie () ». Et qu’à cause de son état, il était « suivi depuis 3 ans au service de Psychiatrie de l’Hôpital National Donka. »

Une situation que le parquet reconnait d’ailleurs, dans la mesure où il a tenu à préciser que « l’état de santé du défunt, lors de sa détention, a conduit Monsieur le juge d’instruction en charge du dossier, à délivrer successivement l’ordonnance n°283/ORD/CAB/JI/TPI/KK/2024 en date du 26 septembre 2024, portant suivi et traitement médical. »  

Par ailleurs, alors que les gens s’attendaient à l’ouverture d’une procédure judiciaire contre le préfet qui est pourtant un habitué des faits car ayant été récemment condamné à 6 mois de prison avec sursis pour des propos ethniques, le parquet s’est tout simplement contenté de « déplorer les propos tenus par le préfet » de Kankan, malgré que ces propos soient de « nature à troubler l’ordre public ». Ce qui aurait été pourtant différent si cela concernait un citoyen lambda.

Sidafa Keita pour kibanyiguinee.info