Site d'informations générales

Crise de billets ou de liquidité : Karamo Kaba se lance dans une polémique sémantique, pendant que les Guinéens galèrent

Alors que la Guinée est plongée depuis plusieurs semaines dans une situation financière asphyxiante, le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, a tenté de clarifier ou de brouiller davantage, les termes du débat.

« Nous n’avons pas une crise de liquidité, mais une crise de billets », a-t-il déclaré le 2 juillet dernier, à Conakry, en marge d’une rencontre avec une mission du Fonds Monétaire International (FMI).

Une déclaration pour le moins déconcertante, qui n’a pas manqué de faire réagir. Dans l’opinion publique, beaucoup peinent à saisir la nuance et s’interrogent sur la finalité d’une telle sortie. Pour nombre de citoyens, le débat sémantique ne change rien à leur quotidien : « Bonnet blanc, blanc bonnet, c’est la même chose », commentent certains, estimant que l’essentiel est ailleurs.

Et pour cause, qu’on parle de crise de liquidité ou de crise de billets, le mot « crise » reste central, et la souffrance des populations, elle, bien réelle.

Pour y voir plus clair, une recherche rapide permet toutefois de distinguer les deux notions, souvent confondues.

Crise de liquidité : un étouffement général

Il s’agit d’une situation où une entité (banque, entreprise ou État), ne parvient plus à honorer ses engagements financiers à court terme, faute de liquidités disponibles ou d’accès au crédit. Cela peut provoquer des retards de paiement, des fermetures d’entreprises, ou l’impossibilité de satisfaire les retraits des clients dans une banque.

Crise de billets : une tension ciblée sur le refinancement

Plus spécifique, cette crise survient lorsqu’une entreprise ne parvient pas à renouveler ses billets de trésorerie, ces titres de dettes à court terme utilisés pour se financer, souvent à cause d’un manque de confiance des investisseurs ou de taux d’intérêt prohibitifs. Cela peut engendrer une perte de crédibilité, voire une faillite.

En résumé : la douleur ne change pas de visage

Même si techniquement différentes, les deux crises ont un point commun : elles traduisent une même réalité tangible pour les citoyens. Dans les marchés, les banques ou les poches des familles, l’argent manque. Et c’est ce qui alimente frustrations et exaspération.

Face à cette situation, la polémique sur les termes paraît dérisoire, voire déplacée. Ce dont les Guinéens ont besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’un débat lexical, mais de solutions concrètes pour faire face à l’étranglement économique qu’ils subissent au quotidien.

Le mal est là, profond. Et qu’on le nomme « crise de billets » ou « crise de liquidité », les files d’attente dans les banques, les plafonnements de retraits et les pénuries de billets rappellent tous les jours aux citoyens que l’économie tourne à vide.

Il est donc urgent que les autorités, au lieu de s’enliser dans des subtilités conceptuelles, s’attaquent à la racine du problème. Car derrière chaque crise financière se cache une crise sociale, et c’est cette dernière qui, en Guinée, devient insupportable.

Sam Keita pour kibanyiguinee.info