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Transition sous pression : le barreau durcit le ton, la justice bloquée

Jamais un mot d’ordre de grève n’aura autant duré depuis le début de la transition. Voilà plus de deux semaines que l’appareil judiciaire guinéen est paralysé, en raison du boycott des audiences lancé par le barreau de Guinée. Une action ferme, en réaction à l’agression brutale de l’un des leurs : Me Mohamed Traoré, ancien bâtonnier, enlevé et torturé par des individus lourdement armés, dans la nuit du 20 au 21 juin 2025, à Conakry.

Face à cet acte d’une extrême gravité, les avocats ont haussé le ton. Refusant de se contenter d’une simple déclaration d’indignation, le barreau a décrété, dès le 23 juin 2025, une suspension totale des audiences dans les cours et tribunaux du pays. Le mot d’ordre, initialement prévu pour deux semaines, est arrivé à échéance le lundi 7 juillet. Mais faute de réponses concrètes à leurs revendications, les avocats ont décidé de reconduire leur boycott, le durcissant même davantage.

Pour tenter de désamorcer la crise, le Premier ministre Amadou Oury Bah a réuni en urgence, mardi dernier, le gratin de l’appareil judiciaire : le ministre de la Justice et son cabinet, le Premier président de la Cour suprême, celui de la Cour d’appel, ainsi que le procureur général. Autour de la table également, le Conseil de l’Ordre des avocats élargi aux anciens bâtonniers. Une initiative d’envergure, mais qui s’est heurtée à une fin de non-recevoir. Les robes noires, solidaires et déterminées, n’ont pas cédé d’un pouce.

La rencontre s’est soldée par un échec cuisant pour le chef du gouvernement, incapable de faire fléchir les avocats. Aucune déclaration officielle n’a d’ailleurs suivi cet échange, preuve du blocage persistant.

Le barreau campe sur ses positions. Il exige la justice et des garanties claires de sécurité pour ses membres avant toute levée du mot d’ordre. Plus encore, il réclame une audience avec le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, afin de lui exposer directement l’ampleur de leurs préoccupations.

D’ici là, la paralysie judiciaire se poursuit. Le barreau maintient le boycott sur toute l’étendue du territoire national et le retrait de ses membres de toutes les institutions de la transition. La crise est loin d’être finie. Et dans cette confrontation, c’est l’État de droit qui vacille sous les coups de boutoir de l’impunité.

Samory Keita