Général Sékouba Konaté : entre silence coupable et agitation injustifiée
On rallume les braises du passé pour attiser les feux du présent. Alors que les regards sont tournés vers la présidentielle prévue fin décembre, censée marquer la fin de la plus longue transition politique de la Guinée démocratique et le retour à l’ordre constitutionnel, certains semblent vouloir distraire l’opinion à coups d’histoires interminables et de règlements de comptes personnels.
C’est un peu comme le clairon qui sonne pendant les grandes vacances : non pas pour rappeler les élèves à l’école, mais pour troubler la quiétude du voisinage. Chaque chose a son temps, même la vérité.
Le 28 septembre 2009, la Guinée, alors sous le règne du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), a connu une tragédie sans précédent. Des militaires ont transformé le stade de Conakry en champ de guerre, faisant plus de 156 morts et des centaines de femmes violées. Ce drame a bouleversé le monde. En 2010, vous aviez la possibilité, en tant qu’autorité de transition, de rétablir la vérité. Vous avez choisi le silence.
Treize ans plus tard, lors du procès historique du massacre du 28 septembre, vous aviez une nouvelle occasion de témoigner. Mais là encore, vous êtes resté muet. Le procès s’est tenu pendant près de deux ans, sans que vous ne preniez la parole. Aujourd’hui, alors que la justice guinéenne a rendu son verdict et que Moussa Dadis Camara a été condamné puis gracié, vous tentez un procès d’opinion.
Pourquoi la CPI ?
La Guinée a pris ses responsabilités en organisant le procès du 28 septembre 2009, salué tant sur le plan national qu’international. La condamnation des auteurs et l’indemnisation des victimes constituent une avancée majeure pour notre justice.
Alors, pourquoi réclamer une reprise du procès par la Cour pénale internationale (CPI) ? Sauf à vouloir discréditer la justice guinéenne au profit d’une juridiction étrangère. C’est une attitude regrettable, car le tribunal de Dixinn délocalisé à la Cour d’appel de Conakry a conduit ce dossier avec rigueur, professionnalisme et dignité. Réclamer l’intervention de la CPI, c’est insulter nos magistrats et avocats, qui ont honoré la justice guinéenne.
La CPI n’est pas une scène de querelles personnelles. C’est une juridiction pour les crimes contre l’humanité, pas pour arbitrer des différends entre anciens compagnons d’armes.
Vous étiez ministre de la Défense et numéro trois du régime au moment du massacre. Si Dadis a « menti » durant le procès, vous pouviez le démentir à la barre. Vous avez préféré garder le silence. En droit, on dit souvent : « Qui ne dit mot consent. » Votre appel à la CPI ressemble davantage au cri de désespoir d’un général ayant perdu de son autorité.
Affaire Air Guinée : un vieux disque rayé
Ce dossier, vieux de plus de vingt ans, mérite d’être définitivement éclairci. Si vous détenez des preuves, rendez-les publiques. Les Guinéens en ont assez des insinuations et des menaces. En 2009, vous présidiez les audits de l’État. En 2010, vous étiez chef de la transition. Si vous possédez des dossiers compromettants, révélez-les.
Le peuple a soif de vérité et de justice. Tous ceux qui ont trahi la République doivent répondre de leurs actes. Mais lorsque celui qui dénonce a lui-même couvert ou protégé les coupables, il devient complice.
En 2010, vous avez restauré l’ordre constitutionnel en Guinée. Alors président de la transition, vous aviez organisé l’élection présidentielle et transféré le pouvoir au président élu, Alpha Condé. Mais dix ans plus tard, le pays est retombé dans les mêmes travers, replongeant une fois encore la nation dans une transition politique. Peut-être avez-vous aujourd’hui des confidences à faire aux Guinéens. En tout cas, le peuple aimerait connaître toute la vérité sur ce pan de l’histoire politique du pays qui n’a pas révélé tous ses secrets.
Général, l’heure n’est pas aux discours creux ou aux agitations injustifiées. Arrêtez donc d’irriter les Guinéens avec des déclarations stériles. Le pays a besoin de sérénité et de paix, surtout à l’approche d’une élection présidentielle cruciale.
Sam Keita