Conakry, 29 octobre 2025-La Haute Autorité de la Communication (HAC) a célébré ce mercredi son 33e anniversaire, sous le thème évocateur : « La régulation des réseaux sociaux en période électorale ». Une commémoration marquée par la présence du Premier ministre Amadou Oury Bah, du président du Conseil National de la Transition (CNT), Dr Dansa Kourouma, des anciens présidents du Conseil National de la Communication (CNC), des associations de presse et de nombreux professionnels des médias.
Une institution au cœur de la liberté d’expression
Créée en 1992, la HAC, héritière du CNC, a accompagné toutes les phases de l’ouverture médiatique de la Guinée. Son président actuel, Boubacar Yaoundé Diallo, a ouvert la cérémonie en retraçant les grandes étapes de cette aventure institutionnelle : adoption du code de bonne conduite des journalistes, élaboration de la convention collective entre syndicats et patrons de presse, formation de centaines de professionnels et mise en place de sièges régionaux pour rapprocher la régulation des acteurs locaux.
L’ancien président du CNC a tenu à rendre hommage « aux pionniers de la liberté de la presse » guinéenne, évoquant le souvenir des figures fondatrices disparues. Dans une salle chargée d’histoire, celle où la Guinée avait dit “NON” au référendum de 1958, il a rappelé que « célébrer la HAC, c’est célébrer la liberté d’expression, socle de toute démocratie ».
La régulation des réseaux sociaux : un enjeu électoral et sécuritaire
L’un des temps forts de la cérémonie fut l’intervention de Dr Dansa Kourouma, président du CNT, qui a annoncé l’examen imminent de la nouvelle loi organique sur la Commission de Régulation de la Communication et de l’Audiovisuel (CRCA). Celle-ci viendra fusionner le CNC et la HAC pour s’adapter à l’ère numérique.
« Nous allons travailler ensemble, dans un dialogue tripartite entre journalistes, parlementaires, administration et justice », a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité d’une concertation inclusive pour encadrer la communication en période électorale, à un moment où la désinformation en ligne et les discours de haine menacent la cohésion nationale.
Cette annonce marque un tournant dans la régulation médiatique guinéenne : la future CNCA devra non seulement encadrer les médias traditionnels, mais aussi réguler les réseaux sociaux, désormais au cœur des batailles politiques et de l’opinion publique.
Un hommage aux bâtisseurs de la presse guinéenne
Le Premier ministre Amadou Oury Bah, ancien militant de la liberté de la presse, a salué « une nouvelle phase de l’histoire médiatique guinéenne », tout en soulignant les bouleversements liés à la révolution numérique :
« La presse, la communication, le numérique, les réseaux sociaux… tout cela a profondément transformé le monde. Le rôle d’une autorité de régulation devient désormais stratégique et sécuritaire », a-t-il affirmé.
Son allocution a été perçue comme un signal fort d’engagement gouvernemental en faveur d’une régulation équilibrée, respectueuse des libertés, mais ferme face aux dérives en ligne.
Des distinctions symboliques et des mémoires honorées
Moment d’émotion : la remise de satisfecits à plusieurs personnalités qui ont marqué la liberté de la presse en Guinée. Parmi les récipiendaires figurent Daouda Conté, fils du défunt président Lansana Conté, distingué pour l’apport historique de son père à la libéralisation médiatique ; le président de la Transition, récompensé pour son appui institutionnel à la HAC ; ainsi que le doyen Souleymane Diallo, fondateur du Lynx-Lance, reconnu pour sa contribution décisive au pluralisme de la presse guinéenne.
Ces distinctions, dont certaines à titre posthume, rappellent que la liberté de la presse guinéenne s’est construite au prix de luttes, de sacrifices et de convictions partagées.
Une célébration tournée vers l’avenir
En clôture, Boubacar Yaoundé Diallo a réaffirmé la volonté de la HAC de « défendre la liberté d’expression tout en s’adaptant aux nouveaux défis de la régulation numérique ». À l’approche d’échéances électorales cruciales, le message est clair : réguler sans censurer, protéger sans étouffer, telle doit être la voie d’une presse libre et responsable dans une démocratie en mutation.
Sékou Amadou