À Conakry comme à l’intérieur du pays, l’effervescence politique bat son plein. Depuis plusieurs jours, des cortèges, des banderoles et des slogans envahissent les rues pour réclamer la candidature du général Mamadi Doumbouya à la présidentielle du 28 décembre 2025.
Du centre-ville de Kaloum jusqu’à K36, aucune des 13 communes de la capitale n’échappe à cette marée humaine soigneusement orchestrée. Les rues sont prises d’assaut par des foules mobilisées, souvent à coups de per diem et de moyens logistiques mis en œuvre par des délégations communales et des cadres de l’administration.
Ce spectacle à répétition, ponctué de klaxons, de motos rugissantes et de chants de soutien, paralyse la circulation et plonge Conakry dans un chaos quotidien. Les embouteillages monstres qui s’ensuivent témoignent moins d’un élan populaire spontané que d’une mobilisation savamment planifiée. Le même scénario se reproduit à Kindia, Labé, Kankan et N’Zérékoré, où des structures dites de “soutien à la continuité” rivalisent d’ardeur pour afficher leur loyauté au chef de l’État.
Pourtant, à ce jour, le général Mamadi Doumbouya n’a toujours pas officialisé sa candidature. La Direction Générale des Élections (DGE) a publié une première liste de 66 candidats (dont indépendants). Mais pour l’instant, le flou demeure autour du nom du président de la transition, dont la présence sur la liste définitive n’a pas encore été confirmée.
Ces démonstrations massives de soutien posent une question fondamentale : assistons-nous à une campagne électorale avant l’heure ? Selon l’article 49 du Code électoral guinéen, la campagne officielle ne peut débuter que 30 jours avant le scrutin, soit le 28 novembre 2025 pour cette élection présidentielle. En clair, toute activité assimilable à une propagande électorale avant cette date constitue une violation de la loi.
Mais dans un pays où les institutions de régulation semblent tétanisées, ces manifestations sont tolérées, voire encouragées, au mépris du cadre légal. La DGE ne réagit pas, et le ministère de l’Administration du territoire ferme les yeux. Pendant ce temps, les moyens de l’État sont visiblement mis à contribution pour appuyer des mouvements se revendiquant “spontanés”.
Cette campagne déguisée fragilise le principe d’égalité des chances entre les candidats en lice et pourrait compromet la crédibilité du processus électoral à venir. Elle envoie un signal inquiétant sur la neutralité du pouvoir et sur le respect des règles du jeu démocratique.

Au-delà des slogans et des foules instrumentalisées, c’est la sincérité du futur scrutin qui est en jeu. Si la Guinée veut éviter de replonger dans les contestations post-électorales, il est urgent de rappeler que nul, , ne saurait être au-dessus de la loi.
Sam Keita