Abattoir moderne de Kagbelen : 25 milliards décaissés, toujours pas de bâtiment livré
Alors que 25 milliards GNF ont été entièrement décaissés en 2024 pour achever l’abattoir moderne de Kagbelen, le chantier reste figé. En plénière sur la Loi de finances rectificative (LFR), le CNT a révélé une série d’incohérences qui relance le débat sur la gestion de ce projet public, lancé il y a dix ans et toujours inachevé malgré plusieurs rallonges budgétaires.
Le Conseil national de la transition a braqué les projecteurs ce lundi sur l’un des dossiers les plus opaques du secteur agro-pastoral : la finalisation de l’abattoir moderne de Kagbelen, dans la préfecture de Dubréka. Selon l’institution, les 25 milliards GNF accordés en 2024 au ministère de l’Agriculture et de l’Élevage pour boucler les travaux ont été « entièrement décaissés », sans résultat concret sur le terrain.
Ce projet, annoncé comme un levier majeur pour moderniser la filière viande et garantir des normes sanitaires conformes aux standards internationaux, avait déjà été relancé en juin 2023 par le gouvernement de Bernard Gomou. À l’époque, le Budget national de développement (BND) avait fixé son financement à 29 milliards GNF. Le ministre d’alors de l’agriculture et de l’élevage, Mamoudou Nagnalen Barry, avait même pris l’engagement public d’achever les travaux. Le délai imparti était de huit mois.
Pourtant, en 2025, l’abattoir reste à l’état de chantier. Les bâtiments administratifs ne sont pas opérationnels, la chaîne de gestion des effluents demeure inachevée, et les équipements frigorifiques censés assurer une capacité de traitement de 250 têtes par jour ne sont toujours pas fonctionnels.
Selon l’appel d’offres du ministère, publié en décembre 2022, les tâches à exécuter incluaient :
-la finalisation de l’abattoir frigorifique moderne ;
-la finition du système de traitement des effluents ;
-l’achèvement du bâtiment administratif ;
-et la réhabilitation du logement des travailleurs.
Or, aucune de ces composantes n’est effectivement livrée, malgré des financements cumulés dépassant largement les prévisions initiales. « Le montant a été effectivement décaissé sans que les travaux ne soient achevés un an après », a constaté le CNT, évoquant un « déficit majeur de suivi et d’exécution ».
Lancé en 2015 sous la présidence d’Alpha Condé, l’abattoir de Kagbelen devait devenir le premier complexe moderne du pays. Dix ans et plusieurs milliards plus tard, il demeure un symbole des retards structurels qui minent les projets publics en Guinée.
Au-delà des interpellations et des responsabilités que chacun attribue, l’urgence reste désormais de garantir transparence, audit et reprise effective du chantier. Car la question essentielle demeure inchangée : quand la Guinée disposera-t-elle enfin de l’abattoir moderne promis depuis une décennie ?
Sidafa Keita