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LFR 2025 : un budget révisé sous forte pression, entre transition, dette et investissements

Adoptée le 17 novembre par le Conseil national de la transition (CNT), la Loi de finances rectificative (LFR) 2025 revoit profondément la structure et le volume des dépenses publiques. Porté à 54 253,26 milliards GNF, le budget révisé enregistre une hausse de 24,81 % (+10 784,18 Mds). Cette dynamique traduit une pression soutenue liée au financement de la transition, à l’exécution des projets d’infrastructures, à la dette ainsi qu’à des dépenses sociales urgentes. Analyse sectorielle du volet dépenses.

Dépenses courantes : une hausse alimentée par les services publics et les engagements sociaux

Réévaluées à 32 506,24 Mds (+19,40 %), les dépenses courantes représentent 61,96 % du budget général.

Charges de la dette : +875,02 Mds (+40,6 %). L’explosion provient exclusivement de la dette intérieure (+1 000 Mds), partiellement compensée par la baisse de la dette extérieure. Ce poste constitue désormais 9,32 % des dépenses courantes.

Personnel : +598,53 Mds (+5,6 %). L’ajustement découle de la revalorisation des primes des emplois supérieurs et de mesures incitatives dans l’administration civile. La part du personnel diminue toutefois à 34,79 % des dépenses courantes.

Biens et services : +3 255,37 Mds (+60,3 %). Une augmentation exceptionnelle liée à trois facteurs :
-financement du chronogramme de la transition,
-achat de vivres pour les forces de défense,
-provision pour la gratuité des CNI et extraits de naissance biométriques.

Transferts : +549,42 Mds (+6,1 %), principalement en raison :
-des reports de crédits soutenus par les appuis du FMI,
-de l’organisation du Hadj 2025-2026,
-de l’indemnisation des victimes du 28 septembre 2009.

Investissements publics : les infrastructures dopent le budget

Les dépenses d’investissement atteignent 19 959,71 Mds, en hausse de 32,8 %. Cette progression découle principalement de l’intégration des projets d’infrastructures financés par émissions de titres d’État (6 348,32 Mds).
La part de l’investissement dans le budget général se fixe à 38,04 %, confirmant la priorité donnée aux projets structurants malgré les tensions macroéconomiques.

Budgets d’affectation spéciale : une expansion notable

Les BAS croissent de 47,2 %, à 1 787,31 Mds, tirés par :

FNDL : +249,40 Mds,

FIM : +83,18 Mds,

FODECCON : +52,77 Mds,

FCE : +187,86 Mds (+494 %).

Cette dynamique traduit une volonté d’accélérer les programmes locaux, culturels et économiques portés par ces fonds.

Lecture macro-budgétaire : déficit accru, poids des dépenses renforcé

Les dépenses publiques passent de 16,41 % à 21,26 % du PIB, tandis que l’investissement bondit à 7,82 % du PIB.
Le déficit budgétaire se creuse à 4,03 % du PIB, entièrement financé selon le CNT, mais supérieur au seuil de convergence de la CEDEAO.

Analyse sectorielle synthétique

Transition & Gouvernance

Les dépenses liées au chronogramme absorbent une part significative des biens et services, confirmant la centralité de la transition dans l’architecture budgétaire 2025.

Sécurité & Défense

La rallonge de 240 Mds pour l’alimentation des forces témoigne d’un effort pour stabiliser les forces armées dans un contexte sociopolitique sensible.

Social & Services publics

Financement du Hadj, indemnisation des victimes de 2009, gratuité des CNI : autant de mesures sociales renforcées dans la LFR.

Réaffirmation des besoins critiques dans les hôpitaux, particulièrement à Ignace-Deen, et du manque d’infrastructures éducatives.

Infrastructures & Aménagement

La hausse des investissements s’appuie essentiellement sur les financements par titres d’État, illustrant une stratégie agressive d’investissement public.

Énergie

Le budget maintient un don fixe à EDG (3 000 Mds). Le CNT alerte sur un impact global de 3 327 Mds, soit 66,54 % des recettes minières, et appelle à une réforme structurelle du secteur.

Agriculture

Un déficit de 20 Mds dans l’acquisition des intrants est comblé, assurant la poursuite de la campagne agricole.

Décentralisation & Administration locale

Les besoins en infrastructures des préfectures, sous-préfectures et communes nouvellement érigées demeurent criants, annonçant une pression budgétaire future sur la LFI 2026.

Sékou Amadou