Non-paiement des factures d’EDG : le CNT pris en flagrant délit d’incivisme énergétique
Quel paradoxe ? Alors même qu’il exige des citoyens une discipline budgétaire stricte et un paiement rigoureux des factures d’électricité, le Conseil national de la Transition (CNT) ne s’acquitte pas lui-même de sa propre consommation électrique. C’est une information qui a été révélée par le ministre du Budget, Facinet Sylla, qui suscite une interrogation : comment une institution censée incarner la responsabilité publique peut-elle se soustraire à une obligation aussi fondamentale ?
Lors de l’examen du volet « dépenses » de la Loi de finances rectificative 2025, le ministre du budget est revenu sur les difficultés de l’Électricité de Guinée (EDG), dont les caisses, bien que renflouées (500 mille us à près de 6 millions us) par les efforts du directeur général Gando Barry, restent fragilisées par un taux de recouvrement insuffisant. Mais face aux conseillers, le ministre du budget n’a pas hésité de faire une révélation gênante pour le CNT : le non-paiement des factures d’électricité par l’institution parlementaire.
« Même de l’avion, on voit le Palais du Peuple bien électrifié… mais les factures ne sont pas payées », a-t-il lancé devant des conseillers médusés.
Une institution qui prêche la rigueur sans se l’appliquer
Le CNT a fait du civisme fiscal et du respect des obligations vis-à-vis des services publics un axe majeur de son discours. Il interpelle régulièrement les citoyens sur la nécessaire moralisation des pratiques de consommation d’électricité, condamne les branchements frauduleux et encourage la pose des compteurs. Pourtant, selon les accusations du ministre, les factures impayées contribuent directement aux difficultés de l’EDG. Le malaise est d’autant plus grand que l’EDG fait face à un double défi :
- Un manque chronique de paiement de la part de nombreux usagers, publics comme privés ;
- Une complicité avérée de certains agents, qui faciliteraient les défaillances de facturation sur le terrain.
Au regard de ce constant, le citoyen s’interroge : comment, une institution aussi visible et symbolique que le CNT peut-elle se permettre de ne pas payer sa facture, tout en exigeant du contribuable lambda une discipline que lui-même ne respecte pas ?
Un héritage systémique… ou un simple manque de volonté politique ?
Pour le ministre Sylla, cette dérive s’inscrit dans un héritage d’incivisme et de confusion entre biens publics et services gratuits, un réflexe encore très ancré. « Dès que c’est l’État qui produit, ça doit être gratuit », rappelle-t-il, selon la conscience collective.
Mais cette explication suffit-elle réellement ? Beaucoup y voient plutôt un problème de gouvernance interne, voire un déficit de volonté de rompre avec de vieux privilèges institutionnels. Car le paiement de l’électricité du CNT ne relève ni de l’histoire, ni des mentalités. Au contraire, il relève d’un arbitrage administratif clair, qui n’est manifestement pas fait.
EDG peut-elle couper le courant du Parlement de transition ?
« Peut-être qu’EDG pour son efficacité devrait venir couper le courant ici. C’est tout ce qui leur reste à faire. » Cette phrase du ministre Sylla, qui ressemble presqu’à une provocation, a marqué les esprits. L’idée paraît inimaginable, mais elle révèle un malaise profond. A savoir, si EDG ne peut pas sanctionner les institutions qui ne paient pas, comment exiger d’un citoyen ordinaire de régler régulièrement sa facture ?

Cette situation pose une question de crédibilité institutionnelle. Car le CNT, qui s’exprime »au nom du peuple », devrait être le premier à respecter les règles qu’il impose. En refusant, volontairement ou par négligence, de payer ses factures, il envoie le pire des messages : celui d’un État à deux vitesses.
Samory Keita