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Liquidité en Guinée : « la Banque centrale était comme le marché de Madina », dénonce Mohamed Kourouma

L’opérateur économique et PDG de la société Hamana, Elhadj Mohamed Kourouma, a animé un point de presse ce samedi 18 avril 2026 à Conakry. Objectif : décrypter la crise de liquidité qui affecte l’économie guinéenne et proposer des pistes de solution.

Face aux journalistes, cet homme d’affaires, fort de plus de 40 ans d’expérience, a d’emblée tenu à relativiser le caractère conjoncturel de la crise actuelle. Selon lui, les difficultés liées à la circulation de la monnaie en Guinée ne datent pas d’aujourd’hui. « Ce problème est ancien. Depuis le premier régime jusqu’à nos jours, la gestion de la liquidité a toujours été un défi pour les gouvernants », a-t-il affirmé.

Revenant sur l’évolution historique de cette problématique, Mohamed Kourouma a rappelé que sous le régime d’Ahmed Sékou Touré, l’État procédait à l’émission de nouveaux billets pour contraindre les citoyens à déposer leur argent dans les banques, exposant ainsi les thésaurisateurs à des pertes importantes. Sous le général Lansana Conté, ajoute-t-il, la Banque centrale s’appuyait sur les commerçants pour mobiliser des ressources financières, notamment pour contourner certaines contraintes des institutions financières internationales.

S’agissant de la période récente, l’opérateur économique reconnaît des avancées, tout en soulignant des paradoxes persistants. « Aujourd’hui, malgré la crise, il est parfois plus facile de trouver du dollar que du franc guinéen », a-t-il indiqué.

Interrogé sur les solutions à envisager, le conférencier estime que des progrès ont été réalisés sous l’actuelle gouvernance de la Banque centrale. Il salue notamment les efforts de réorganisation engagés par le gouverneur Karamo Kaba. « Un cap important a été franchi dans la gestion interne de l’institution », a-t-il reconnu.

Cependant, il n’a pas manqué de dénoncer les pratiques antérieures. « Notre Banque centrale était comme le marché de Madina. Chaque fin de mois, des pick-up venaient retirer de l’argent », a-t-il déclaré, soulignant qu’une telle situation a été corrigée depuis le changement de régime en septembre 2021. Désormais, explique-t-il, les flux financiers suivent un circuit plus structuré, passant par les banques primaires avant de remonter vers la Banque centrale.

Pour Mohamed Kourouma, le principal blocage reste aujourd’hui la thésaurisation pratiquée par une partie des acteurs économiques. Il décrit un circuit commercial structuré autour de cinq niveaux : détaillants, demi-grossistes, grossistes, importateurs et Banque centrale. « Dans cette chaîne, seuls les grossistes et les importateurs déposent systématiquement leurs recettes à la banque. Les autres préfèrent conserver le cash », déplore-t-il.

Autre frein identifié : le faible usage des moyens de paiement électroniques. L’homme d’affaires pointe du doigt le refus fréquent des cartes bancaires dans plusieurs secteurs, notamment les stations-service ou certaines grandes surfaces. « Quand vous payez par carte, c’est refusé ou surtaxé, notamment pour les billets d’avion où l’on vous réclame entre 5 % et 10 % supplémentaires », a-t-il expliqué.

Mohamed Kourouma entouré de son fils et des cadres de la société Hamana

Pour inverser cette tendance, Mohamed Kourouma recommande la mise en place de mécanismes contraignants pour généraliser l’utilisation des cartes bancaires dans les transactions commerciales. Selon lui, cette mesure permettrait de réduire significativement la circulation du cash et d’améliorer la liquidité dans le système bancaire.

Sidafa Keita