Dédicace à Conakry : Dr Mory Mandiana Diakité dénonce l’échec de la répression et mise sur la “plume” contre la drogue
Ce samedi 25 avril 2026, au Centre culturel franco-guinéen (CCFG), qui abrite depuis quelques jours les « 72 heures du livre », une vague de dédicaces d’œuvres littéraires a marqué les esprits. Parmi elles, une a particulièrement retenu l’attention des visiteurs : « Le discours sur la drogue » du Dr Mory Mandiana Diakité. La cérémonie, organisée dans la salle de la médiathèque, a mobilisé parents, amis, collaborateurs et universitaires.
Le thème développé dans cet ouvrage s’inscrit pleinement dans l’actualité. La drogue est devenue, au fil des années, un fléau qui gangrène les sociétés. Malgré les mesures répressives, le phénomène continue de faire des ravages au sein des communautés.
Changement de paradigme
Le recours à la force reste l’approche la plus couramment utilisée pour tenter d’endiguer le phénomène. Pourtant, au regard de l’ampleur persistante des dégâts, son efficacité interroge.
À travers son ouvrage, l’auteur propose une alternative. À la « répression », dont il souligne les limites, il oppose la « plume ». Selon lui, la sensibilisation et l’éducation constituent des leviers plus efficaces pour transformer durablement les comportements. Il revendique ainsi un rôle d’éducateur qu’il entend pleinement assumer.

« Mon souhait est qu’on parvienne à construire une société saine, avec zéro toxicomane », a-t-il déclaré, estimant que cet objectif ne peut être atteint qu’avec l’implication de tous les acteurs sociaux. Il dénonce à cet effet une « démission collective » et appelle la société à une profonde remise en question.
Évoquant la jeunesse, qu’il considère comme la colonne vertébrale de toute nation, il paraphrase Nelson Mandela : « Pour détruire une nation, il suffit de détruire sa jeunesse. »
Et d’ajouter : « La drogue est l’un des instruments les plus redoutables pour y parvenir. »
Mieux vaut prévenir que guérir
En tant qu’éducateur, l’auteur estime que l’urgence commande d’agir sans délai. L’une des réponses les plus pertinentes reste, selon lui, la prévention. Il rappelle avoir déjà tiré la sonnette d’alarme dans un précédent ouvrage intitulé « La drogue en milieu éducatif ou les chemins de la perdition », dans lequel il dénonçait la propagation du phénomène en milieu scolaire. Malgré des démarches engagées pour en assurer la vulgarisation, son appel était resté sans suite.

« J’ai entrepris des démarches auprès d’institutions, afin de soutenir la diffusion de cet ouvrage, non pas pour moi, mais pour la nation. Malheureusement, je n’ai reçu aucune réponse », regrette-t-il.
Une lutte de longue haleine
Conscient de l’ampleur du défi, Dr Mory Mandiana Diakité reconnaît s’être engagé dans un combat de longue haleine, notamment face à ce qu’il qualifie de démission collective. Il déplore, entre autres, que certains parents investissent davantage dans des biens coûteux que dans l’éducation par le livre.
Malgré ces obstacles, l’auteur reste convaincu que les mentalités évolueront positivement avec le temps.
Plus loin, il lance un appel pressant à un retour aux fondamentaux, notamment aux valeurs culturelles. « Le développement d’une société doit s’enraciner dans sa propre culture », soutient-il, rappelant qu’autrefois, l’éducation relevait de la responsabilité collective.
Il critique également une tendance à l’importation systématique des modèles étrangers, tant sur le plan économique que culturel. « Le développement est d’abord culturel. C’est à partir de ses propres valeurs qu’une société se construit », insiste-t-il.
Préfacier de cet ouvrage, le Pr Youssouf Sidimé salue « un outil de prévention novateur contre la drogue ». À l’instar de l’auteur, il estime que la seule coercition ne saurait suffire face à un phénomène d’ampleur mondiale. « La lutte doit être globale et impliquer gouvernants, parents, éducateurs et forces de l’ordre », souligne-t-il.

La cérémonie de dédicace a été agrémentée par une animation artistique du groupe « Uni ar », ainsi que par plusieurs témoignages saluant le parcours inspirant de l’auteur.
Outre cet ouvrage, Dr Mory Mandiana Diakité est l’auteur de plusieurs publications, dont : « De la savane africaine en Chine populaire ou l’étrange parcours d’un Peulh du Wassolon » ; « KUNFÈKO ou la fabuleuse histoire d’un natif de Dakar » ; « Le soleil de la démocratie » ; « En l’an 3000, Dakar » ; « La drogue en milieu éducatif ou les chemins de la perdition » ; « Pour une renaissance africaine » et « Ultime bataille de survie ».
L’événement s’est achevé par une séance de dédicaces.
Touraman Keita