Mendicité infantile en Guinée : la justice durcit le ton contre l’exploitation des enfants
Les autorités judiciaires guinéennes ont engagé une vaste offensive contre l’exploitation des enfants mineurs sous toutes ses formes. Parmi les pratiques ciblées figurent notamment la mendicité forcée, le travail des enfants dans les ateliers et garages, ainsi que d’autres formes d’exploitation qui persistent dans la société guinéenne.
Les Parquets généraux près les Cours d’appel de Conakry et de Kankan se sont exprimés cette semaine sur la question. Dans un communiqué conjoint rendu public le 7 mai, ils ont dressé un constat alarmant de la recrudescence de la présence d’enfants dans des lieux publics jugés inadaptés aux mineurs.
Sont particulièrement concernés les carrefours, les marchés, les garages, les ateliers et les zones de mendicité, considérés comme des espaces exposant les enfants à l’insécurité, aux violences et aux maladies.
À cet effet, les deux parquets ont instruit l’ensemble des parquets d’instance relevant de leurs ressorts à renforcer les mesures préventives de protection des enfants.
S’appuyant sur les dispositions du Code de l’enfant, les autorités judiciaires précisent que ces mesures visent à empêcher l’exposition des mineurs à la mendicité, à l’exploitation économique ainsi qu’à toute autre forme d’atteinte à leurs droits.
Les procureurs ont également demandé aux juridictions compétentes de travailler en synergie avec les officiers de police judiciaire, les autorités administratives, communales, éducatives et sociales, ainsi qu’avec les inspections du travail, afin de mener des actions de veille, de sensibilisation, d’identification et de protection des enfants en situation de vulnérabilité.
Dans leur communiqué, les parquets rappellent que la protection de l’enfant constitue une obligation légale, morale et institutionnelle qui incombe à tous : parents, tuteurs, employeurs, responsables d’ateliers, de chantiers et de garages, mais aussi acteurs communautaires et religieux.
Les autorités judiciaires mettent également en garde contre toute violation des droits de l’enfant et annoncent des « poursuites pénales » contre toute personne impliquée dans des actes portant atteinte aux droits ou à la dignité des mineurs.
En avril 2026, le ministère de la Justice avait déjà lancé une campagne nationale de vulgarisation du Code de l’enfant afin de favoriser son appropriation par les citoyens.
Malgré ces initiatives, les pratiques dénoncées demeurent profondément enracinées. À Conakry notamment, de nombreux enfants continuent d’occuper les rues, où ils mendient ou vendent divers articles entre les véhicules.
D’autres sont employés dans des ateliers de couture ou des garages automobiles et motos, souvent dans des conditions difficiles.
Ce phénomène est généralement lié à la précarité économique de nombreuses familles qui, faute de moyens, peinent à assurer la scolarisation et la prise en charge de leurs enfants.
À travers cette nouvelle offensive, les autorités judiciaires affichent leur volonté de renforcer la protection des enfants, longtemps victimes de violations de leurs droits en Guinée. Reste désormais à savoir si ces mesures permettront d’inverser durablement une pratique profondément ancrée dans les réalités sociales du pays.
Fatoumatou Camara