BRAS DE FER POUVOIR-PRESSE : LES ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES DE LA PRESSE SE TIRENT UNE BALLE DANS LES PIEDS
C’est fut un revirement spectaculaire. A peine qu’elles avaient donné consigne de braver le fer contre le pouvoir suite aux actions liberticides auxquelles celui-ci se livrent depuis quelques moments pour bâillonner la presse, qu’elles se sont aussitôt ravivées à la stupéfaction générale des populations. Une volte-face qui a surpris plus d’un observateur et continue de susciter assez d’interrogations dans le milieu de la presse.
Le 4 décembre dernier, les trois (3) principales organisations professionnelles de la presse privée en Guinée, en l’occurrence l’Agepi, l’Urtelgui et l’Aguipel, se sont retrouvées à la maison de la presse pour statuer sur le brouillage des ondes, le retrait de Djoma sur le bouquet canal + et la restriction d’accès à l’internet. Des mesures incongrues qui sont aux antipodes de la démocratie prises par la junte au pouvoir pour restreindre les libertés d’expression et de la presse en Guinée.
Cette rencontre qui a duré de 10h30 à 16h, soit 5h30’ d’horloge, a été sanctionnée par une déclaration dite « consensuelle », mais qui semble avoir été rédigée dans la précipitation, la passion et avec beaucoup d’humeurs.
Du coup, sans bien réfléchir, elles ont brandi le glaive pour aller en affront direct contre le pouvoir. Elles avaient envisagé entre autres, une « journée sans presse », une « synergie des radios », un « sit-in », une « marche pacifique », avant de se rétracter, prenant tout le monde de court.
« Il ne faut jamais commencer par ce avec quoi on doit terminer », nous enseigne souvent un vieux adage africain.
Mais ce conseil a sans doute échappé à nos organisations de presse. Car, après s’être décidées de descendre dans l’arène, elles ont attendu la dernière minute pour se raviver. Avec seul alibi, privilégier la voie du dialogue.
Mais ce rétropédalage inattendu sera perçu comme une trahison par le syndicat de presse signataire de la déclaration conjointe du 4 décembre dernier.
Dans la foulée de cette démission, les organisations ont décidé d’opter désormais pour la voie de la diplomatie. Et depuis, plusieurs démarches ont été menées auprès des autorités. Mais en vain. Puisqu’elles n’arrivent toujours pas à trouver un répondant. Le pouvoir ayant fermé toutes les portes, en tout cas pour l’instant.
Pendant ce temps, le pouvoir lui, continue de dérouler son rouleau compresseur sur les médias. Mettant la question de « sécurité nationale » en avant, il ordonne, en plus de Djoma, le retrait de deux autres groupes de médias, notamment Espace, Evasion sur le bouquet canal plus et Star Times. Ces ignominieuses mesures sont élargies sur d’autres médias comme Fréquence médias dont la fréquence est à ce jour complètement brouillée.
Ne sachant plus quoi faire face à ces œuvres sataniques d’un pouvoir devenu sourd et aveugle, les organisations de presse multiplient actuellement les réunions dans l’espoir de trouver une issue de secours. Car tout porte à croire qu’elles se sont tirées une balle dans les pieds sans savoir comment l’extraire et soigner la plaie. Nous y reviendrons.
Samory Keita pour kibanyiguinee.info