Face à la crise de liquidité qui étrangle les Guinéens, Bah Oury dégaine une mesure à double tranchant : interdire les paiements en espèces dans les établissements publics. Une décision prise à la hâte, annoncée avec emphase… mais immédiatement fragilisée par ses propres hésitations.
Réuni ce vendredi 20 juin à la Primature avec quelques secrétaires généraux et conseillers ministériels, le Premier ministre a tenté un coup de communication. Afin de montrer aux Guinéens qu’il agit. Mais la mesure prise est floue, mal préparée, imposée d’en haut, et qui risque de percuter de plein fouet les couches administratives déjà précaires.
« Il faut systématiquement éviter les paiements en espèces », a-t-il martelé. Ce qui signifie, fini les salaires en liquide. Place aux virements bancaires. Mais dans un pays où le taux de bancarisation (30%) reste l’un des plus faibles d’Afrique de l’Ouest, cette décision ressemble plus à un aveu d’impuissance qu’à une solution viable.
Et le paradoxe ne s’arrête pas là : l’ancien banquier juge aberrant que l’État continue chaque mois à imprimer des billets de banque pour payer les fonctionnaires. Mais comment payer un fonctionnaire sans espèces quand la moitié des administrations n’a ni système bancaire interne, ni accès régulier à une agence ?
Pire encore, après avoir annoncé la fin du cash à la Primature dès ce mois de juin, le Premier ministre se ravise et parle de « réflexion » à poursuivre.
Il doute, recule, improvise. Une méthode erratique, symptôme d’un pouvoir qui navigue à vue, pris dans ses contradictions.
Les abus dans les EPA ? Les détournements ? Oui, ils existent. Oui, ils coûtent cher. Mais la solution ne saurait être de jeter le bébé avec l’eau du bain, en coupant brutalement les vivres à ceux qui n’ont que le cash pour survivre, faute d’infrastructures et de système bancaire inclusif.
Cette réforme, si elle n’est pas accompagnée d’un plan de transition, de pédagogie et de sécurisation des paiements électroniques, ne fera qu’aggraver la défiance entre l’État et ses agents.
Bah Oury veut digitaliser l’État, très bien. Mais pas au prix d’une déconnexion du réel.
Sidafa Keita pour kibanyiguinee.info