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Disparition forcée de Foniké Menguè et Billo Bah : la société civile ouest-africaine revoit sa stratégie à l’approche du premier anniversaire

Dans deux semaines, cela fera exactement un an depuis l’enlèvement et la disparition forcée d’Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, coordinateur national du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), et de Mamadou Billo Bah, responsable de la mobilisation du même mouvement. À l’approche de cette date tragique, les organisations de la société civile guinéenne et ouest-africaine intensifient leur mobilisation, multipliant les démarches de plaidoyer auprès des institutions internationales et de personnalités influentes pour tenter de faire pression sur les autorités guinéennes.

Les deux activistes ont été enlevés dans la nuit du 9 juillet 2024 à Dixinn par un commando mixte composé de gendarmes et de membres des forces spéciales. Depuis, plus aucune nouvelle. Vivants ou morts ? Nul ne le sait. Et malgré les multiples appels à la vérité, le régime militaire en place à Conakry persiste dans le silence, niant toute implication dans leur disparition.

Entre-temps, les répressions s’intensifient contre toutes les voix discordantes dans le pays. Le même modus operandi-enlèvement, détention arbitraire, disparition, bastonnade-continue d’être utilisé contre des militants prodémocratie, journalistes ou simples citoyens engagés. Une chape de plomb s’est abattue sur l’espace civique guinéen, dans l’indifférence totale des autorités.

Une nouvelle approche, des cibles précises

Face à l’inefficacité des dénonciations répétées, les organisations de la société civile affinent leur stratégie. Désormais, il s’agit de cibler des personnalités politiques influentes de la sous-région. Sur leur radar : Ousmane Sonko, Premier ministre sénégalais ; Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire ; et Julius Maada Bio, président de la Sierra-Leone et tout récemment élu à la tête de la CEDEAO.

Lors de sa visite à Conakry les 1er et 2 juin, Ousmane Sonko avait été interpellé par une coalition de la société civile internationale pour qu’il use de son influence auprès du chef de la junte guinéenne, Mamadi Doumbouya. Sa réponse fut sèche : « Ce n’est pas de ma compétence », coupant court aux espoirs placés en lui.

Du 17 au 18 juin, Doumbouya a été reçu à Abidjan par Alassane Ouattara. À cette occasion, huit organisations ouest-africaines ont saisi l’opportunité pour adresser une lettre au président ivoirien, sollicitant son intervention. Mais plusieurs jours après cette rencontre, aucun signe d’évolution n’a été observé.

Dans une déclaration conjointe publiée le 17 juin, ces organisations ont fermement dénoncé les pratiques rétrogrades de la junte guinéenne : enlèvements, détentions arbitraires, disparitions forcées- autant d’actes qualifiés de crimes contre l’humanité au regard du droit international.

Elles en appellent à l’ensemble des chefs d’État de la CEDEAO, exigeant notamment :

  • La libération immédiate et sans condition de tous les détenus politiques ;
  • La fin des répressions contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et militants ;
  • Le rétablissement des libertés fondamentales et de l’espace civique en Guinée.

Elles interpellent également le président ghanéen, Julius Maada Bio, nouveau président en exercice de la CEDEAO, élu le 22 juin à Abuja, pour qu’il fasse de cette crise une priorité de son mandat.

Sidafa Keita pour kibanyiguinee.info