Se dirige-t-on vers une crise ouverte au sein de l’appareil judiciaire guinéen ? Les tensions montent entre le Barreau et le ministre de la Justice, à la suite de l’enlèvement et de la flagellation de l’ancien bâtonnier Me Mohamed Traoré par des individus non identifiés.
Ce lundi 23 juin 2025, le Barreau de Guinée a tenu, comme annoncé, une assemblée générale extraordinaire. Un seul point figurait à l’ordre du jour : l’agression subie par Me Traoré dans la nuit du 20 au 21 juin, lors de laquelle un commando armé a fait irruption à son domicile.
Après des échanges nourris et vifs, les avocats ont adopté une série de mesures fortes pour protester contre ce qu’ils qualifient de « barbarie » visant leur corporation. Parmi elles, figure le boycott de toutes les audiences judiciaires et convocations de la police pendant deux semaines. Ils avertissent que tout avocat réfractaire s’expose à des sanctions disciplinaires. La mesure entre en vigueur dès ce mardi 24 juin 2025.
Autre décision majeure, c’est le retrait immédiat des représentants du Barreau de toutes les institutions et commissions de la transition, y compris du Conseil national de la transition (CNT).
Avocats vs Ministre Yaya Kairaba Kaba : la tension monte
À l’issue de leur déclaration à la presse, les avocats ont tenté de rencontrer le ministre de la Justice, Yaya Kairaba Kaba, dont les bureaux se trouvent à quelques encablures de la Cour d’appel. Leur objectif : lui faire part de leur indignation face à la gravité des faits.
Mais leur démarche a buté sur un refus catégorique. Le ministre, par l’intermédiaire de ses services, a exigé une demande d’audience écrite et signée avant toute rencontre. Une exigence que les avocats ont jugée déplacée, au regard de la situation exceptionnelle qu’ils dénoncent.
Pour eux, ce refus traduit un « mépris » manifeste du ministre à l’égard du Barreau. Toutefois, les robes noires assurent que cette humiliation ne les détournera pas de leur combat. En attendant, ils annoncent le dépôt imminent d’une plainte contre les auteurs de cette agression qu’ils qualifient de « barbarie » d’un autre temps.
Jusqu’où ira cette crise qui menace de paralyser l’appareil judiciaire guinéen ? Le bras de fer est désormais engagé. Attendons donc de voir.
Touraman Keita pour kibanyiguinee.info