Guinée / Politique : après un coup d’État militaire, Alpha Condé menacé d’un coup d’État politique au sein de son propre parti
Victime de son propre système, renversé par un coup d’État militaire en septembre 2021, Alpha Condé fait désormais face à un autre type de renversement : un coup d’État politique au sein même de sa famille politique, le RPG Arc-en-ciel.
Plusieurs cadres influents du parti ne le considèrent plus comme leur champion. Pour eux, l’ancien président devrait désormais faire valoir ses droits à la retraite et céder la place à une nouvelle génération, plus jeune, plus dynamique, capable d’impulser un nouveau souffle au RPG.
Et selon ces mêmes cadres, le profil idéal pour incarner ce renouveau ne serait autre que, le président de la transition en personne, le général Mamadi Doumbouya. Pour eux, les « acquis de la transition » et les idéaux affichés par l’homme du 5 septembre joueraient largement en sa faveur.
Lors d’une conférence tenue ce vendredi 27 juin à Conakry, ces cadres ont publiquement pris position pour celui qui fut pourtant le tombeur de leur ancien leader. Parmi eux, Elhadj Cheick Fanta Mady Camara, ancien député uninominal de Siguiri lors de la neuvième législature. Pour lui, l’absence prolongée d’Alpha Condé affaiblit sa légitimité.

« En français facile, on dit que l’absent a toujours tort. Or ça fait 4 ans qu’il (Alpha Condé) est hors du pays », a-t-il déclaré sans détour.
Cadre influent du RPG originel, il rejette toute accusation d’ « opportunisme » et justifie cette prise de position par une « nécessité ». Pour lui, la politique vise avant tout à conquérir le pouvoir pour « satisfaire nos besoins matériels et moraux ».
En exil forcé depuis plus de trois ans, Alpha Condé est devenu de plus en plus discret. À cet effet, une question se pose : son parti peut-il encore se battre pour son retour ? Elhadj Cheick Fanta Mady Camara est catégorique : « il n’est pas question de s’opposer par la force au pouvoir en place ». À ses yeux, l’essentiel aujourd’hui est de « finir avec cette transition » entamée il y a quatre ans.
Alpha Condé ou Mamadi Doumbouya ? Le choix est fait.
Pour ces cadres du RPG, le dilemme ne se pose plus. Leurs préférences sont désormais claires.
« Même s’ils (Condé et Doumbouya) étaient tous les deux en Guinée, je serais derrière Mamadi Doumbouya », tranche Elhadj Cheick Fanta Mady Camara. Il va plus loin, estimant que le RPG doit se rapprocher du général pour qu’il accepte d’en prendre la tête, ou à défaut, en devienne le président d’honneur.
Reste à savoir si cette fronde interne aboutira à l’éviction d’Alpha Condé de la direction du parti. Et que fera ce dernier, toujours silencieux, ainsi que les fidèles qui lui restent ? L’avenir nous le dira.
Sidafa Keita pour kibanyiguinee.info