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Siguiri étouffe, le Bafing se meurt : où est la République ?

Depuis plusieurs décennies, Siguiri est devenue le cœur battant de l’or guinéen. Une zone d’exploitation minière par excellence, où les sous-sols regorgent de richesses convoitées, mais dont la surface, elle, s’étiole. Car aujourd’hui, cette manne dorée se transforme en malédiction environnementale. Le fleuve Bafing, l’un des principaux affluents du fleuve Sénégal, voit ses eaux virer au rougeâtre, sa biodiversité menacée, sa survie compromise par une exploitation minière sans foi ni loi.

Né dans le massif du Fouta-Djalon, le Bafing s’étire sur plus de 500 km et irrigue de vastes zones agricoles en Guinée, au Mali et jusqu’au Sénégal. Il représente un axe vital pour des millions de personnes. Aujourd’hui, c’est un fleuve malade. L’exploitation sauvage et mécanisée y fait rage, souvent jusqu’à l’intérieur même du lit du fleuve. Concasseurs, mercure, hydrocarbures, cyanure… La chimie toxique de l’orpaillage artisanal et industriel a transformé l’eau limpide en un brouillard jaune mortel. Des habitants y puisent toujours leur eau, au risque de leur vie.

En janvier dernier, le procureur de Siguiri, Ibrahima 1 Camara, avait ordonné des arrestations, notamment d’un responsable de CORE Mining et d’orpailleurs illégaux. Le préfet et le maire avaient interdit l’exploitation artisanale dans les cours d’eau. Mais ces mesures n’ont eu aucun effet durable. La pollution continue. Le fleuve agonise.

Quatre mois plus tard, le cri d’alarme de Keoulen Doumbouya, président de l’association environnementale N’fabada Tèdôtignèla (« Ne pas accepter de détruire chez moi »), a mis à nu l’ampleur du désastre : berges ravagées, terres agricoles détruites, poissons morts, et plus de 200 bœufs décimés suite à la contamination de l’eau du fleuve. Des faits accablants. Et pourtant, le gouvernement est resté muet. Jusqu’à ce dimanche.

À l’issue d’une mission d’évaluation du 10 au 13 juin à Siguiri, trois ministères (Environnement, Mines, Administration du Territoire) ont publié un communiqué conjoint. Le diagnostic est sans appel : « pollution grave », « dégradation massive », exploitation non autorisée partout. Le gouvernement a alors promis l’interdiction de toute activité minière non réglementée, et des poursuites judiciaires contre les contrevenants.

Mais pour beaucoup, ces déclarations sonnent creux. Encore une annonce. Encore un sursaut de dernière minute, alors que l’État aurait dû prévenir plutôt que guérir. Le laxisme institutionnel et l’inaction chronique ont laissé pourrir la situation. Ce qui aurait pu être contenu, est devenu un scandale écologique national.

Ce communiqué ne rassure d’ailleurs pas les populations de cette préfecture de la savane qui ont battu le pavé ce lundi 14 juillet, à travers la ville de Siguiri. Révoltées, elles ont exprimé leur ras le bol et exigé des mesures draconiennes pour stopper cette pollution.

C’est dire qu’aujourd’hui, l’heure n’est plus aux promesses. Il faut agir. Et vite.

Et voici ce que l’État doit impérativement mettre en œuvre :

Un plan national de dépollution : dragage, traitement des eaux, restauration écologique du Bafing.

Application stricte des recommandations ministérielles, avec arrêt immédiat des substances toxiques et appui aux communautés pour une exploitation durable.

Renforcement des contrôles et poursuites judiciaires contre les pollueurs (sociétés minières, orpailleurs et complices administratifs).

Participation citoyenne : les populations locales doivent être écoutées, protégées et impliquées.

Le Bafing n’est pas une ressource infinie. C’est un patrimoine collectif, un fleuve de vie. Il est urgent que l’État guinéen assume pleinement ses responsabilités, pour le bien des générations présentes et futures. Laisser mourir le Bafing, c’est signer l’abandon de toute une région, et avec elle, une part de notre souveraineté écologique.

Samory Keita