Mascarade référendaire, disparitions forcées, répression policière : Thierno Monénembo met en cause le régime de Mamadi Doumbouya
À quelques jours du référendum prévu le 21 septembre 2025, la campagne bat son plein et semble largement portée par les appareils de l’État en faveur du « Oui ». Les voix dissidentes se font rares. Parmi elles, celle de l’écrivain guinéen Thierno Monénembo a attiré l’attention.
Dans une interview diffusée sur TV5 ce dimanche 14 septembre 2025, Thierno Monénembo a abordé plusieurs sujets sensibles : le référendum, les violences lors des manifestations et les disparitions forcées. Il a exprimé des doutes profonds quant à la crédibilité du processus engagé par le pouvoir en place, qualifiant l’exercice de « mascarade référendaire » initiée par le CNRD.
Pour lui, cette mascarade vise avant tout à maintenir le pouvoir. L’écrivain a expliqué que ce type de pratique n’est pas inédit sur le continent et que Mamadi Doumbouya s’inscrit, selon lui, dans une logique d’éternisation au pouvoir devenue trop courante en Afrique.
Sur la question de la répression policière, Monénembo n’a pas ménagé ses mots : « On a rarement vu autant de crimes », a-t-il déploré, ajoutant que, pour beaucoup de Guinéens, les manifestations riment désormais avec la mort. Il a également dénoncé les cas d’enlèvements et de disparitions forcées enregistrés depuis l’arrivée du CNRD.
Comparant la situation actuelle aux régimes antérieurs, il estime que l’état sécuritaire du pays s’est détérioré : « Même au temps de Sékou Touré, on savait où étaient détenues les personnes. Ils étaient au camp Boiro, au camp de Kindia, au camp de Kankan ou ailleurs. Aujourd’hui, on ne sait même plus où sont les gens, ni s’ils sont encore en vie », a-t-il regretté.
Revenant sur son propre parcours, Monénembo a rappelé que sous la première République, il avait fui la Guinée pour échapper à la répression. Il confesse aujourd’hui un « profond regret d’avoir fui » : convaincu à l’époque de pouvoir agir depuis l’étranger, il juge, plus d’un demi-siècle plus tard, que la situation a empiré. « Il ne fallait pas fuir », a-t-il déclaré.
Déterminé désormais à affronter la situation sur place, l’écrivain affirme qu’il ne s’enfuira plus face à la dictature : « Je vais rester ici et dire ce que j’ai envie de dire. S’ils veulent me tuer, qu’ils me tuent », a-t-il lancé, concluant son intervention sur une note de défi et de courage.
Fatoumatou Camara