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Tanzanie : réélection contestée de Samia Suluhu Hassan dans un climat de violence et de répression

La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a été proclamée vainqueure de l’élection présidentielle avec 97,66 % des suffrages, selon les résultats définitifs annoncés samedi 1er novembre par la Commission électorale nationale (NEC). Ce scrutin, marqué par trois jours de violences meurtrières, a plongé le pays dans une profonde crise politique et sociale.

L’opposition, notamment le parti Chadema, a rejeté les résultats, dénonçant une « parodie de démocratie ». Son porte-parole, John Kitoka, a appelé à une supervision internationale et à la reprise du scrutin. Selon ses estimations, les affrontements entre manifestants et forces de sécurité auraient fait près de 700 morts à travers le pays, dont environ 350 à Dar es-Salaam et 200 à Mwanza, au nord. Ces chiffres n’ont pas été confirmés par les autorités, qui parlent de simples « poches de tension ».

Des tirs nourris ont été entendus dans plusieurs quartiers de Dar es-Salaam au lendemain du vote. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des manifestants dispersés à balles réelles, tandis que des commissariats et bureaux de vote incendiés témoignent de la colère populaire. La Commission électorale, largement perçue comme acquise au pouvoir, n’a pas reconnu d’irrégularités majeures.

Accédée au pouvoir en 2021 à la mort de John Magufuli, Samia Suluhu Hassan, première femme présidente de Tanzanie, s’était initialement distinguée par une ouverture relative sur les libertés publiques et la diplomatie régionale. Mais ces dernières années, les arrestations d’opposants, les restrictions aux médias et les interdictions de manifestations ont ravivé les critiques sur sa dérive autoritaire. Son principal rival, Tundu Lissu, arrêté en avril pour « trahison », risque la peine de mort.

La communauté internationale exprime son inquiétude. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à une « enquête impartiale et transparente » sur les allégations de violences et d’abus de force, exhortant les parties à la retenue. Plusieurs chancelleries africaines et occidentales redoutent une nouvelle spirale de répression, à l’image des dérives observées lors des dernières élections dans certains pays de la région.

En dépit de son triomphe annoncé, Samia Suluhu Hassan fait face à une crise de légitimité profonde, dans un pays longtemps cité comme un modèle de stabilité en Afrique de l’Est.

Sidafa Keita