Kamano, Babila Keïta : quand les proches des détracteurs du régime disparaissent
Robert et Fawlan, fils d’Élie Kamano, ainsi qu’Antoine, son neveu, et Foumba, son frère, ont été enlevés dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 novembre 2025 à leur domicile de Matoto Victor Hugo, à Conakry, selon des témoignages recueillis sur place.
D’après un proche relayé par africaguinee, qui a souhaité garder l’anonymat par peur pour sa sécurité, des hommes encagoulés sont entrés entre 3 h et 4 h du matin. Aucun bien matériel n’a été emporté, mais les quatre membres de la famille ont disparu, laissant une atmosphère de terreur et d’incompréhension.
Élie Kamano, artiste engagé et critique virulent du régime de Mamadi Doumbouya, s’exprime depuis l’exil au Burkina Faso, accusant directement les autorités de la transition de cette opération, la qualifiant de tentative d’intimidation pour le faire taire.
Dans une vidéo diffusée sur Facebook, il affirme que les assaillants étaient armés, qu’ils ont saccagé la maison, et qu’ils ont contraint ses enfants à monter dans un véhicule en l’absence de témoin crédible.
La position d’Élie Kamano vis-à-vis du pouvoir actuel est bien connue. Artiste engagé et leader politique, il a pris ses distances, critique ouvertement le pouvoir, et revendique la liberté d’expression et la justice. Dans plusieurs de ses déclarations publiques, il dénonce un régime ‘’oligarchique’’.
Cet enlèvement rappelle celui du père du journaliste d’investigation Mamoudou Babila Keïta, en septembre 2025. Le septuagénaire Elhadj Adama Keïta, âgé d’environ 75 ans, a été enlevé à son domicile à Nzérékoré aux premières heures du matin, alors qu’il se préparait à la prière de l’aube. Les témoins rapportent que des individus non identifiés, à bord de véhicules de type Prado, ont embarqué l’homme sans résistance apparente. Le parquet de Nzérékoré a ouvert une enquête dès le lendemain. Mais il n’y a toujours pas d’information ni sur les ravisseurs ni sur la victime.
Réagissant à l’enlèvement, les Forces vives de Guinée, coalition d’organisations de la société civile, ont dénoncé un acte ciblé, lié selon elles aux prises de position critiques de Babila envers le pouvoir de Conakry. Le président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, a également condamné ces enlèvements et demandé la libération immédiate du père du journaliste et des enfants d’Eli Kamano.
Ces deux enlèvements successifs, à savoir celui des proches d’Élie Kamano à Conakry et celui du père du journaliste Mamoudou Babila Keïta à Nzérékoré, suscitent de vives inquiétudes au sein de l’opinion publique. Plusieurs acteurs de la société civile y voient des actes ciblés contre des familles de personnalités critiques du pouvoir, tandis que d’autres appellent à la prudence en l’absence d’éléments établissant formellement un lien entre ces faits et les autorités. À ce stade, aucune enquête officielle n’a conclu sur les motivations réelles ni sur l’identité des auteurs. Ces cas, intervenant dans un contexte politique tendu, alimentent cependant les débats sur la sécurité des citoyens et la protection des droits fondamentaux en Guinée.
Sidafa Keita