Putsch à Bissau : : les militaires annoncent avoir pris le « contrôle total » du pays
Les armes ont parlé à Bissau. Le mercredi 26 novembre 2025, un groupe d’officiers est apparu à la télévision d’État pour annoncer qu’il avait « pris le contrôle total » du pays, déposé et arrêté le président Umaro Sissoco Embaló, et suspendu le processus électoral en cours.
Les militaires, qui se présentent comme le « Haut Commandement Militaire pour la Restauration de l’Ordre », ont justifié leur action par la nécessité d’empêcher ce qu’ils décrivent comme une tentative de falsification des résultats et un plan visant à « déstabiliser » la nation.
Dans leur déclaration lue à l’antenne, les officiers ont affirmé avoir découvert « un plan impliquant des politiciens, des trafiquants de drogue et des acteurs étrangers » destiné, selon eux, à manipuler les résultats du scrutin et à modifier l’ordre constitutionnel. Sur ce fondement, et invoquant le maintien de la sécurité, ils ont annoncé la suspension des institutions d’État, l’arrêt des activités des médias, la fermeture des frontières et l’imposition d’un couvre-feu.
Le putsch intervient à la veille de la publication des résultats provisoires d’une présidentielle fortement contestée. Les deux principaux candidats, Embaló et son rival Fernando Dias, s’étaient chacun déclarés vainqueurs, tandis que les autorités électorales s’apprêtaient à diffuser les premiers résultats provisoires.
Des coups de feu ont été signalés près du palais présidentiel et des arrestations de responsables politiques et d’agents électoraux ont été rapportées par la presse. La communauté internationale dont l’Union africaine, la CEDEAO, l’ONU et le Portugal, a exprimé sa préoccupation et demandé un retour à l’ordre constitutionnel.
La Guinée Bissau n’est pas étrangère à ce type de basculement. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, le pays a connu de nombreux coups d’État et tentatives de coups, ce qui témoigne d’un cycle d’instabilité récurrent. Cette chronicité explique en partie les références des militaires, aujourd’hui, à la nécessité « de rétablir l’ordre ».
Les missions d’observation électorale et les organisations régionales ont condamné l’interruption du processus démocratique et demandé la libération des détenus et la reprise du comptage des voix. Le risque est élevé d’isolement diplomatique et de sanctions si la junte ne précise pas rapidement sa feuille de route vers une transition transparente.
Sur le plan intérieur, la population fait face à l’incertitude : marchés fermés, administrations bloquées et circulation restreinte pendant que des acteurs civils et internationaux appellent au calme.
Sidafa Keita