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Éducation : quand l’unité syndicale se fissure, l’école vacille et le pays est en danger

La crise qui secoue aujourd’hui le secteur éducatif guinéen révèle une fracture profonde au sein de l’intersyndical.

Alors que le SNE et la FSPE ont déclenché ce lundi une grève générale illimitée pour exiger l’adoption du statut particulier des enseignants, le SLECG, lui, poursuit les discussions avec le gouvernement. Une scène surréaliste pour un mouvement censé parler d’une seule voix, mais qui s’enlise dans des stratégies divergentes, au risque d’hypothéquer non seulement les revendications légitimes des enseignants, mais aussi la crédibilité même du front syndical.

Le point d’achoppement reste le même : le statut particulier. Réclamé depuis plus d’une décennie, il constitue la colonne vertébrale de la professionnalisation du métier d’enseignant. Harmonisation des carrières, revalorisation salariale, clarification des grades et des passerelles. Ce texte devrait mettre fin à l’arbitraire administratif et au traitement inégal des personnels éducatifs. Sa mise en œuvre aurait pu être un signal fort de reconnaissance nationale envers un corps déjà fragilisé par les salles de classe surpeuplées, les affectations chaotiques et la précarité matérielle.

Mais face à cette exigence légitime, l’exécutif joue la montre. En s’appuyant sur une partie de l’intersyndicale, en l’occurrence le SLECG, pour maintenir les discussions, le gouvernement espère manifestement fissurer le front syndical et isoler les plus contestataires. Cette stratégie, déjà utilisée lors de précédentes crises sociales, comporte trois risques majeurs.

D’abord, elle décrédibilise le dialogue social. Négocier avec une seule branche d’un collectif revient à contourner la concertation et à fragiliser la représentativité syndicale. Ensuite, elle approfondit la méfiance entre organisations sœurs, alimentant des accusations de récupération, de compromission ou d’agenda caché. Enfin, elle expose les enseignants à une confusion dangereuse : quelle voie suivre ? Qui parle au nom de qui ? Et surtout, qui défend réellement leurs intérêts ?

Dans un secteur aussi sensible que l’éducation, la division n’est jamais un détail. Elle ouvre la voie à un enlisement dont personne ne peut prédire l’issue. Une grève illimitée qui se radicalise, un dialogue qui se délite, des élèves abandonnés dans un système déjà éprouvé : les ingrédients d’une crise majeure sont là.

Mais qu’est ce qu’il faut pour s’en sortir ? Pour sortir de l’impasse trois pistes s’imposent.

D’abord, un retour immédiat à l’unité syndicale. Le SLECG, s’il veut préserver sa légitimité historique, doit refuser d’être instrumentalisé et exiger une table ronde réunissant toutes les organisations : SNE, FSPE, SENAESUR et autres fédérations concernées. Ensuite, le gouvernement doit cesser les stratégies de contournement et présenter un calendrier clair, chiffré et engageant sur la mise en œuvre du statut particulier. Enfin, une médiation indépendante, composée d’experts de l’éducation, de partenaires techniques et d’instances citoyennes, pourrait garantir une sortie de crise crédible et apaisée.

L’école guinéenne n’a plus le luxe d’attendre. Les enseignants méritent un statut digne. Les élèves méritent une stabilité pérenne. Il est temps que l’État et les syndicats regardent dans la même direction. Parce qu’en éducation, chaque division se paie au prix fort : celui de l’avenir du pays.

Sam Keita