Présidentielle 2025 : Doumbouya lance sa campagne et mise sur le bilan pour convaincre
Le coup d’envoi de la campagne pour la présidentielle du 28 décembre 2025 a été donné cette semaine, avec une affiche officiellement validée par la Cour suprême : neuf candidats autorisés à se lancer dans la compétition. Parmi eux, le président de la transition, Mamadi Doumbouya, désormais candidat indépendant, soutenu par la mouvance politique Génération pour la modernité et le développement (GMD).
Ce mardi 2 décembre, lors du journal de campagne, le chef de l’État a dévoilé une déclaration fleuve, à la fois bilan, profession de foi et appel au rassemblement. Une sortie stratégique qui marque l’entrée dans une phase décisive d’une présidentielle où la continuité du pouvoir semble clairement être son principal argument.
Un discours placé sous le signe du « bâtir ensemble »
Dès les premières lignes, Mamadi Doumbouya ancre sa candidature dans la continuité de l’action réalisée depuis 2021. Son leitmotiv, « bâtir ensemble » apparaît comme la colonne vertébrale de son projet de société. L’unité nationale, la stabilité, la paix et la construction d’un État moderne y sont présentés comme des priorités intangibles.
Il promet la poursuite de la lutte contre la pauvreté et la corruption, un meilleur accès à l’éducation, un logement digne, une mobilité sécurisée, et l’utilisation accrue des nouvelles technologies dans la gouvernance. L’objectif affiché : consolider des institutions fortes et renforcer l’État de droit.
Un bilan largement mis en avant
La déclaration présidentielle est surtout un exercice de justification du bilan des quatre années de transition. Mamadi Doumbouya déroule une série de réalisations censées matérialiser la « rectification institutionnelle » :
- Plus de 1 000 km de routes bitumées,
- Des ponts structurants (Tanené, Soumba, Kassonya, Kagbelen, Bambeto, Km36),
- La construction d’hôpitaux et d’écoles modernes,
- La rénovation de l’aéroport international AST,
- Le prytanée militaire,
- La cité administrative de Koloma,
- L’amélioration de la prise en charge médicale pour les fonctionnaires et retraités,
- Le renforcement de l’accès à l’eau et de l’électrification, avec l’exemple emblématique de Tougué,
- La dotation de véhicules administratifs aux autorités locales, une première depuis l’indépendance,
- Les projets économiques structurants : BNI, Nimba Mining Company, Compagnie du Transguinéen, sans oublier le mégaprojet Simandou, présenté comme le moteur de la future souveraineté économique du pays.
Ce bilan, qualifié de « tangible et visible », vise à installer l’idée que le pays est engagé dans une dynamique irréversible dont il serait risqué de changer le conducteur.
L’argument Simandou, colonne vertébrale de la vision 2040
La mention du sifflement du premier train du projet Simandou, présenté comme un moment historique, n’est pas anodine. Pour Doumbouya, Simandou 2040 est le pilier d’un développement durable, diversifié et souverain. Il l’inscrit comme un engagement personnel, renforçant l’image d’un président bâtisseur et déterminé.
Le message est clair : interrompre la transition politique au profit d’une alternance incertaine serait synonyme de rupture de trajectoire.
Un appel au soutien populaire, sans agressivité
Contrairement à certains discours de campagne plus clivants, la déclaration de Doumbouya se veut rassembleuse. Le chef de l’État appelle les « filles et fils de la nation » à rejoindre le mouvement pour “bâtir une nouvelle Guinée, un paradis, terre de richesse et d’innovation”.
Une rhétorique inclusive, centrée sur le patriotisme et la continuité, qui cherche à fédérer au-delà des clivages traditionnels.
Une dynamique présidentielle difficile à concurrencer
Mais au-delà des mots, l’analyse politique révèle une réalité incontournable : la machine de campagne présidentielle est déjà en marche, portée par l’appareil d’État, la mouvance GMD, et l’image d’un président qui s’appuie sur un bilan massif et structurant.
Face à cette dynamique, les autres candidats, moins visibles, moins financés et dépourvus d’un réseau comparable, risquent de n’avoir qu’une marge de manœuvre limitée. La bataille électorale s’annonce déséquilibrée, tant la candidature de Mamadi Doumbouya s’appuie sur une architecture politique, logistique et médiatique d’une ampleur rarement observée dans le pays.
En lançant officiellement sa campagne, Mamadi Doumbouya montre qu’il entend transformer l’essai. Et sauf surprise majeure, il aborde cette présidentielle avec un avantage considérable — avantage que ses concurrents peineront à combler dans le court laps de temps restant.
Sam Keita