Orpaillage clandestin à Siguiri : « Ils ont confondu notre panafricanisme à la faiblesse », lance Dr Morissanda Kouyaté devant le corps diplomatique
Face au corps diplomatique accrédité en Guinée, le ministre des Affaires étrangères a défendu, jeudi 5 novembre à Conakry, les mesures prises par les autorités contre l’exploitation clandestine de l’or. Il a notamment révélé que plusieurs centaines de ressortissants étrangers interpellés avaient été remis à leurs représentations consulaires, avant de dénoncer leur retour dans les zones aurifères.
Le gouvernement guinéen entend maintenir la pression contre l’exploitation clandestine de l’or sur son territoire, particulièrement dans la région administrative de Siguiri. C’est le message porté par le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, lors d’une rencontre avec le corps diplomatique accrédité en Guinée, jeudi 5 novembre 2026, à Conakry.
Devant les représentants des missions diplomatiques, le chef de la diplomatie guinéenne a tenu à expliquer les motivations des autorités et à clarifier leur démarche face aux réactions suscitées par les opérations engagées contre l’orpaillage clandestin. Il a notamment insisté sur la nécessité de protéger les ressources naturelles du pays et de faire respecter sa souveraineté.
Des centaines de ressortissants étrangers interpellés puis remis à leurs consulats
Dans son intervention, Dr Morissanda Kouyaté est revenu sur les premières opérations menées contre les exploitants illégaux. Selon ses explications, 249 ressortissants chinois et 409 Burkinabè figurent parmi les personnes interpellées dans le cadre de ces opérations. Il a également évoqué la présence de ressortissants de plusieurs autres pays, notamment de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Ghana, du Niger, du Bénin, du Vietnam, de l’Inde, de la Sierra Leone et du Cameroun.
Le ministre a particulièrement insisté sur le traitement réservé à ces ressortissants étrangers. Il a expliqué que, sur instruction du président de la République, Mamadi Doumbouya, il avait été chargé de gérer la situation dans un cadre diplomatique, afin de préserver les relations de coopération avec les pays concernés.
À titre d’exemple, il a présenté des documents attestant de la remise de ressortissants maliens aux représentants consulaires de leur pays. Il a notamment évoqué une opération ayant concerné 163 personnes, remises au représentant consulaire du Mali.
D’après le chef de la diplomatie, ces personnes étaient poursuivies pour plusieurs infractions présumées, notamment l’exploitation illégale des mines, la dégradation de l’environnement, l’exercice d’une activité professionnelle sans autorisation et la traite des êtres humains.
Dr Morissanda Kouyaté a salué le travail de la justice guinéenne dans ce processus, tout en soulignant que les autorités avaient privilégié une démarche discrète, fondée sur les relations fraternelles entre la Guinée et les pays concernés.
Le panafricanisme ne doit pas être confondu avec la faiblesse
Mais cette approche diplomatique n’aurait pas produit les résultats escomptés. Selon le ministre, après les remises de ressortissants étrangers à leurs représentations consulaires, intervenues notamment en juillet 2026, de nouveaux groupes seraient revenus dans les zones aurifères de Siguiri et d’autres localités de la Haute-Guinée pour reprendre les activités interdites.
Une situation que le chef de la diplomatie guinéenne a dénoncée avec fermeté. « Ils ont confondu le panafricanisme du président, le panafricanisme de la Guinée, à la faiblesse. Ils ont cru que nous étions un pays faible », a-t-il déclaré devant les diplomates.

Pour Dr Morissanda Kouyaté, l’attachement de la Guinée à la solidarité africaine et à la fraternité entre les peuples ne saurait justifier la violation de ses lois ni l’exploitation incontrôlée de ses ressources naturelles.
La protection de l’environnement au cœur des préoccupations
Au-delà de la question des ressortissants étrangers, le ministre a insisté sur les conséquences environnementales de l’orpaillage sauvage. Il a notamment évoqué la dégradation des cours d’eau, la destruction des terres, l’obstruction des voies de circulation et les difficultés d’accès aux sites miniers, y compris pour les ambulances.
Pour les autorités guinéennes, la lutte contre cette pratique dépasse donc le seul cadre de la réglementation minière. Elle constitue également un enjeu de protection de l’environnement, de préservation des ressources naturelles et de sécurité des populations.
Le ministre a par ailleurs rappelé que la Guinée n’était pas le seul pays africain à prendre des mesures contre l’exploitation anarchique de l’or, faisant référence à la position exprimée par un autre chef d’État africain sur les conséquences de cette activité.
Un appel aux diplomates à privilégier les réalités du terrain
Dans la dernière partie de son intervention, Dr Morissanda Kouyaté a invité les représentants diplomatiques à transmettre à leurs capitales respectives les explications du gouvernement guinéen et à se faire leur propre appréciation de la situation.
« N’écoutez pas Facebook, n’écoutez pas TikTok, n’écoutez pas l’intelligence artificielle. Écoutez ce que vous voyez vous-même, de vos propres yeux, en Guinée, et envoyez ça à vos capitales », a-t-il lancé.
À travers cet appel, le chef de la diplomatie guinéenne entend encourager ses partenaires à s’appuyer sur des informations recueillies directement sur le terrain, plutôt que de se limiter aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux.
Cette rencontre a ainsi permis au gouvernement guinéen de réaffirmer sa volonté de lutter contre l’exploitation illégale de l’or tout en privilégiant le dialogue, la transparence et la concertation avec les pays partenaires. Conakry entend défendre ses intérêts nationaux sans remettre en cause les relations de coopération et de confiance mutuelle avec les États représentés sur son territoire.
22 administrateurs territoriaux radiés
Cette fermeté s’est également traduite par des sanctions administratives. Le 3 novembre 2026, un décret présidentiel a prononcé la radiation de 22 administrateurs territoriaux, dont le préfet de Siguiri, le colonel Fadjimba Mara, ainsi que plusieurs préfets par intérim et sous-préfets exerçant dans la région administrative.

Selon les motifs évoqués dans le décret, ces responsables sont accusés d’avoir favorisé l’orpaillage illégal et l’exploitation artisanale et semi-artisanale de l’or, ainsi que la dégradation de l’environnement et la destruction des ressources naturelles. Ils ont été radiés des effectifs de la Fonction publique et des Forces de défense et de sécurité. Cette décision marque un autre volet de la réponse des autorités face à la persistance de l’exploitation clandestine de l’or dans cette zone aurifère du pays.
Sam Keita