Sous les brumes matinales du 5 septembre 2021, une pluie de « feux » s’abattit sur le palais Sékoutouréyah pour déloger son locataire de plus d’une décennie, le président Alpha Condé.
Une page sombre et ombrageuse de l’histoire politique de la Guinée fut ainsi brutalement fermée au profit d’une nouvelle qui, malgré que les premières lignes soient tachées de sang, suscita une flamme d’espoir au niveau du peuple meurtri et résigné. Qui voyaient dans cet acte miraculeux une sorte de délivrance qui le libérait de l’emprise d’un pouvoir autocratique.
En s’accaparant du pouvoir, le nouveau chérif du pays promit monts et merveilles aux habitants qui, par défaut, crûrent bêtement au rêve miroité. Une chimère vendue dans un langage attrayant et des paroles envoûtantes et parfois trop romantiques. « On est pas là pour violer la Guinée. On va la faire l’amour », dira ce jour le nouvel homme fort du pays, le tricolore autour du cou.
Dans son opération de charme, une nouvelle saga est initiée, avec l’appelle aux consultations nationales. Acteurs sociopolitiques, religieux, entrepreneurs, hommes de médias, diaspora et autres défilèrent chacun à son tour pour déposer leur mémo. Un stratagème institué pour faire croire au peuple qu’il participe à définir la trajectoire qui sera tracée pour la conduite des destinées de Guinée.
Ce spectacle folklorique se poursuivra lors du débat d’orientation constitutionnelle. A l’occasion duquel, les mêmes acteurs se sont succédé à l’estrade du CNT (Conseil national de la transition) pour donner leur avis sur la nature de la constitution qu’ils souhaitent pour la Guinée. Une véritable « foire d’empoigne » où chaque acteur a la possibilité de faire passer ses idées. Ce qui était quand même trop beau pour le croire.
Deux (2) ans après cette folle euphorie que suscita l’arrivé de la junte sous l’acronyme du CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement), les mains qui applaudirent « le chevalier blanc » se sont littéralement estompées. Les « vivats » et les « hourras » qui accueillirent le passage du long cortège des forces spéciales ne sont plus audibles. Ils ont cédé la place aux cris de colère qui se caractérisent par des manifestations intempestives. Le pays étant désormais géré au hu et au dia.
« La fraicheur de la brume matinale s’est évaporée au profit de la forte canicule qui étouffe tout le monde. Et la lumière blanchâtre s’est dissipée pour laisser transparaitre les laves bouillonnantes d’un volcan en éruption. »
Impuissant face au phénomène, le peuple martyrisé de Guinée est désemparé et dépité.
Surtout qu’il se rend compte la refondation et la rectification institutionnelle tant chantées n’étaient qu’une utopie. Des mots creux fabriqués sur les maux qui assaillent le peuple.
Les promesses tenues à l’aube du pouvoir tardent à être réalisées. Par contre, le système contre lequel on disait se lever semble toujours avoir de beaux jours. Les anciennes pratiques ayant refait surface au grand dam des citoyens.
Très tôt, l’on assista à la division de la classe politique et de la société civile suite à des manœuvres dilatoires qui visent à saper la cohésion au sein de ces entités. Raison pour laquelle, le cadre de dialogue inclusif réclamé n’y ait jamais instauré.
Le chronogramme établi en accord avec la CEDEAO souffre d’application. A un an de la fin de la transition, aucun progrès réalisé sur les dix (10) points du chronogramme. La loi portant identification des personnes physiques vient d’être promulguée pour donner l’impression d’être dans l’esprit de faire avancer les choses.
Très critique ces derniers temps, la presse privée est devenue la principale cible que le pouvoir cherche à anéantir. Plusieurs médias ont une sorte d’épée de Damoclès qui plane au dessus d’eux. Brandissant le prétexte de « sécurité nationale », le pouvoir a fait décrocher plusieurs médias de grande écoute du bouquet canal plus et brouiller la fréquence de plusieurs d’autres et restreindre en même temps l’accès à l’internet.
Se retrouvant de nouveau coincé, comme dans un passé récent, dans un système qui caporalise tout (administration, institution, politique, société civile tous sous ordre), le peuple ne compterait plus que sur un miracle.
Samory Keita pour kibanyiguinee.info