Depuis le glissement de terrain survenu dans la nuit du 21 août à Friguiadi-Nord, dans la sous pré-préfecture de Manéah, la communication s’est emballée sur les réseaux sociaux. Cette surenchère d’informations rend parfois difficile le travail de l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH) mobilisée sur le terrain.
Sur le site du drame, où nous nous sommes rendus le samedi 23 août, l’atmosphère reste lourde. Le temps semble figé. D’un côté, les habitants, encore sous le choc, peinent à sortir de leur traumatisme, trois jours après la catastrophe. Malgré la chaîne de solidarité mise en place, la douleur est visible sur chaque visage.
De l’autre, les secouristes s’activent, les pieds dans la boue, à la recherche des corps toujours enfouis sous les décombres, même si l’espoir de retrouver des survivants s’amenuise.
La désinformation au cœur de la crise
Dans ce climat, les réseaux sociaux véhiculent de nombreuses informations. Si certaines sont fiables, d’autres sont fausses et compliquent la tâche de l’ANGUCH. Une situation qui met en colère son directeur général, Lancé Touré, présent avec ses équipes pour assister les victimes et coordonner les secours.

Selon lui, la désinformation pose d’énormes problèmes et accentue la douleur des familles. Profitant de la présence, samedi, du ministre secrétaire général des Affaires religieuses, il a attiré l’attention sur les rumeurs qui créent une véritable psychose.
Les ragots qui perturbent les secours
Un exemple cité par M. Touré est celui d’une famille Kourouma annoncée comme décimée. En réalité, même si des décès ont été enregistrés, quatre à cinq membres ont survécu, d’autres étant blessés. Il a expliqué que la même famille avait été enregistrée deux fois par deux groupes différents sous deux noms distincts, gonflant artificiellement les chiffres :« La première équipe a enregistré Kourouma, tandis que la deuxième a noté Doumbouya. Directement, cela a donné 18 personnes, alors qu’il s’agissait des mêmes. Voilà comment les données ont été gonflées », a-t-il dénoncé.
Autre rumeur : une femme voilée déclarée morte
« Cette femme n’est pas décédée, elle est blessée et hospitalisée », affirme le DG. Il raconte qu’alors qu’il se trouvait avec le mari de la victime, quelqu’un leur a montré sur son téléphone une photo de la dame avec l’inscription “R.I.P”. Le mari a aussitôt appelé sa femme et a pu échanger avec elle.
M.Touré a relaté ensuite l’histoire émouvante de cette famille : « C’est la femme voilée qui avait dit à son enfant d’aller étudier le Coran. Dès que l’enfant est sorti, la maison s’est affaissée. Elle était avec deux de ses enfants. Sa fille a commencé à crier au secours. Cela a coïncidé avec l’arrivée du mari. Voyant que sa femme pouvait tenir, il a tiré d’abord les enfants, puis sa femme. Dès qu’il a sorti sa famille, la maison s’est écroulée », a-t-il expliqué devant une délégation religieuse médusée.
Une autre rumeur évoquait une famille de six personnes entièrement décédées. En réalité, ils étaient cinq dans le bâtiment, dont deux survivants. La sixième personne, un adolescent, était allé regarder la télé chez des amis où il a fini par passer la nuit.
« C’est une femme qui nous a informés que Konaté avait dormi avec ses enfants », a précisé le DG.
D’autres récits émouvants
Parmi les découvertes, un corps a été retrouvé dans une concession où se trouvaient également des livres coraniques. « Il s’agissait d’Abdoulaye, un adolescent venu passer les vacances. Il faisait franco-arabe », a indiqué M. Touré.
L’histoire du chien qui est resté 48 heures auprès du corps de son maître enseveli
« La dalle s’était effondrée, formant un V qui a protégé le chien. Il est resté là jusqu’à l’arrivée des secouristes. Les gens lui jetaient des cailloux, mais il n’a pas bougé. Lorsqu’on a fouillé, on a retrouvé le corps du propriétaire. Ce n’est qu’après que le chien s’est levé pour partir », raconte-t-il.
Le bilan officiel
Enfin, le directeur a dénoncé une équipe qui prétendait avoir recensé 33 morts. « En réalité, depuis la nuit du drame jusqu’à ce jour, il n’y a que 19 morts enregistrés et 11 blessés, tous pris en charge dans des structures sanitaires », a-t-il conclu.

Samory Keita