Conakry traverse depuis 48 heures une nouvelle pénurie de carburant, plongeant les citoyens dans une profonde inquiétude. Alors que les stations-service affichent pour la plupart des pompes à sec, les autorités restent totalement silencieuses, alimentant rumeurs et spéculations sur les causes de cette rupture soudaine.
Depuis lundi, la capitale vit au rythme d’interminables files d’attente devant les rares stations encore en mesure de servir quelques litres. Automobilistes, motards et même vendeurs ambulants s’y agglutinent pendant des heures, espérant obtenir le précieux liquide devenu rare.
Comme à chaque crise, le marché noir profite de la situation : le litre d’essence, fixé officiellement à 12 000 GNF, s’arrache aujourd’hui entre 15 000 et 20 000 GNF dans plusieurs quartiers de Conakry.
Malgré l’ampleur du phénomène, aucune communication officielle n’a été faite pour expliquer la situation. Une attitude qui interroge, alors que le pays traverse des crises répétées depuis l’explosion du principal dépôt d’hydrocarbures en décembre 2023. Depuis, les ruptures de stock se multiplient, particulièrement à l’approche de la fin d’année, laissant planer le doute sur une simple coïncidence ou sur une défaillance structurelle plus profonde.
Face à cette dégradation, l’Union des consommateurs de Guinée a tiré la sonnette d’alarme ce lundi, exhortant l’État à agir immédiatement pour soulager une population déjà éprouvée.
Si la crise venait à durer, les répercussions seraient immédiates : hausse du coût du transport, flambée des prix des denrées de base et aggravation du pouvoir d’achat, au risque de susciter de nouvelles tensions sociales.
Car au-delà de la pénurie actuelle, c’est toute une gouvernance défaillante qui se révèle au grand jour. Et tant que l’État ne parviendra pas à offrir une gestion transparente, anticipative et sécurisée de l’approvisionnement en carburant, la Guinée restera exposée aux mêmes crises cycliques qui étouffent son économie et minent la confiance publique.
Conakry, privée d’essence, n’est pas seulement victime d’une rupture : elle est l’otage d’un système incapable d’assurer le minimum vital. Et si rien ne change, la prochaine crise n’est pas une menace… c’est une certitude.
Sékou Amadou