Allègement du pouvoir d’achat : l’appel de Doumbouya trouvera-t-il un écho favorable auprès des opérateurs économiques ?
À l’approche du Ramadan et du Carême, moments de fortes dépenses pour les ménages guinéens, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a lancé un appel pressant aux opérateurs économiques pour qu’ils contribuent à soutenir le pouvoir d’achat des populations. Cette exhortation intervient dans un contexte de vie chère qui pèse sur les foyers guinéens, alors que les indicateurs socio-économiques restent fragiles.
Le week-end dernier, le chef de l’État a réuni les principaux acteurs du secteur privé au Palais Mohamed V de Conakry dans une rencontre qualifiée de première du genre depuis la mise en place de la Ve République. Intervenant devant une centaine de chefs d’entreprises, Mamadi Doumbouya a insisté sur la responsabilité sociale de chacun et les a invités à s’engager à réduire les prix des denrées de première nécessité pour atténuer la pression sur les budgets des consommateurs.
Le président a souligné que l’État avait déjà pris des mesures fortes pour faciliter les échanges commerciaux. Par décision, la suspension des surestaries ainsi que des pénalités applicables aux marchandises importées et exportées a été prolongée jusqu’au 31 mars 2026, afin de réduire les coûts logistiques pour les opérateurs économiques. De même, l’organisation du Port Autonome de Conakry (PAC) doit rester opérationnelle 24 h/24 et 7 j/7 pour fluidifier les opérations d’importation, un élément crucial pour l’approvisionnement des marchés en produits alimentaires et biens essentiels.
Ces annonces surviennent à quelques jours du début des jeûnes religieux : le Ramadan pour les musulmans, qui dure 29 ou 30 jours selon l’observation lunaire, et le Carême pour les chrétiens, qui s’étend sur 40 jours. Traditionnellement, cette période est marquée en Guinée par une hausse significative des prix, alimentée par une demande accrue et des pratiques spéculatives de certains commerçants, au détriment du pouvoir d’achat des ménages.
Selon les dernières données économiques disponibles, la Guinée reste un pays à ressources limitées en termes de revenus moyens et de conditions de vie. Cela même si le PIB par habitant par habitant a connu une légère amélioration passant de $1 572 en 2024 à environ $1 741 USD en 2025. Le niveau reste relativement faible par rapport aux moyennes régionales et mondiales, ce qui reflète le niveau de richesse moyen de la population.
Par ailleurs, près de 43,7 % des Guinéens vivent sous le seuil national de pauvreté, avec un revenu journalier très bas, selon les statistiques nationales.
L’économie reste fortement informelle, avec plus de la moitié de la production économique échappant aux circuits formels.
L’Indice de Développement Humain (IDH) de la Guinée reste également préoccupant : le pays figure parmi les plus bas au monde, à la 179ᵉ place sur 193 pays selon les classements récents de 2023, traduisant des défis persistants en matière d’éducation, de santé et de niveau de vie.
Dans ce contexte, l’appelle présidentiel soulève une question essentielle : les acteurs économiques, souvent pointés du doigt pour des marges jugées excessives en période de forte demande, répondront-ils favorablement à cette injonction sociale ?
Les consommateurs et organisations de la société civile attendent des actes concrets, estimant que la vie chère constitue une des principales sources de mécontentement populaire.
Alors que les mois saints se profilent, la promesse d’un allègement des prix pourrait apaiser les tensions sociales si elle se traduit par des réductions effectives des coûts pour les citoyens.

Reste à voir si le secteur privé, confronté lui aussi à ses propres contraintes économiques, saura relever ce défi d’intérêt national.
Sidafa Keita