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Court-circuit à Dare-Es-Salam 2 : le geste courageux d’un mystérieux homme qui a défié le courant électrique

Conakry, dimanche 2 août 2026. De retour d’un court séjour à l’intérieur du pays, je retrouve mon quartier plongé dans l’obscurité. Depuis plusieurs jours, le secteur Rails, à Dare-Es-Salam 2, est privé d’électricité à la suite de l’explosion d’un transformateur. Malgré plusieurs tentatives d’intervention, les équipes d’EDG ne sont toujours pas parvenues à rétablir durablement le courant.

En fin de journée, un espoir renaît lorsque des agents réussissent enfin à réalimenter le secteur. Les habitants pensent alors en avoir fini avec les longues heures de délestage. Mais leur soulagement sera de courte durée.

À peine les techniciens avaient-ils quitté les lieux qu’un câble électrique récemment remplacé prend feu. Aux environs de 20 heures, alors que je me reposais, des cris de panique retentissent dans tout le quartier. Un violent court-circuit vient de se produire sur la ligne électrique.

Une impressionnante boule de feu apparaît sur le câble. Les flammes progressent lentement, accompagnées de crépitements incessants et de fortes détonations qui résonnent dans tout le secteur.

Très vite, les habitants affluent de toutes parts. En quelques minutes, les lieux sont noirs de monde. L’inquiétude gagne les esprits, d’autant que le câble enflammé passe à proximité immédiate des habitations, faisant craindre un incendie de grande ampleur.

Conscients des risques liés au courant électrique, personne n’ose s’approcher. Plusieurs riverains tentent alors de joindre les services d’EDG afin de signaler l’urgence.

C’est dans cette atmosphère de confusion qu’apparaît un homme à l’allure discrète. De petite taille, vêtu d’un survêtement et coiffé d’un petit chapeau, il s’avance calmement vers le câble déjà tombé au sol et sectionné en deux.

À mesure qu’il se rapproche du câble en feu, la foule retient son souffle.

« C’est qui celui-là ? Il veut mourir ? Qu’il ne nous crée pas de problèmes ici ! », lancent plusieurs habitants, visiblement terrorisés.

Imperturbable, l’homme poursuit pourtant sa progression. Malgré les flammes, les détonations et les cris de la foule, il garde son sang-froid. À plusieurs reprises, il s’approche à quelques centimètres seulement du câble embrasé, provoquant une vive inquiétude parmi les témoins qui redoutent le pire.

Puis il sort son téléphone portable et passe un appel. Selon ses explications, il contacte les services d’EDG afin de signaler la situation.

Quelques instants plus tard, une équipe arrive sur les lieux. Mais face à la colère de certains habitants, les agents sont accueillis par des jets de pierres et contraints de rebrousser chemin.

Il faudra finalement l’intervention des responsables du quartier pour ramener le calme et permettre aux techniciens d’effectuer leur travail en toute sécurité.

Une fois la situation maîtrisée, l’homme s’éloigne discrètement. Avant de partir, il invite les habitants à garder leur calme et à laisser les agents d’EDG accomplir leur mission.

Son attitude suscite immédiatement de nombreuses interrogations. Certains le prennent pour un déséquilibré, d’autres saluent au contraire son courage, tout en jugeant son comportement particulièrement risqué.

Intrigués, nous décidons d’aller à sa rencontre. L’intéressé se présente comme Ismaël Bah, plus connu sous le surnom de « Tom Dollars », et affirme être agent commercial d’EDG.

Selon son récit, il se trouvait de l’autre côté des rails lorsqu’il a été informé du court-circuit par une connaissance. Il dit avoir aussitôt décidé de se rendre sur place.

« J’étais prêt à mourir pour épargner la vie des gens », confie-t-il.

Interrogé sur son étonnante proximité avec le câble enflammé, il affirme pouvoir manipuler des installations électriques sans être électrocuté, évoquant ce qu’il présente comme un « don » hérité de son père, ancien employé d’EDG.

« Je peux travailler seul dans une cabine. Je peux prendre un fil électrique sans protection. Mon père était aussi comme ça. Le courant ne le prenait pas. C’est un don dans notre famille », affirme-t-il.

Ces déclarations n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante et ne permettent pas d’établir qu’il soit réellement insensible au courant électrique.

Revenant sur son intervention, Ismaël Bah explique qu’il envisageait initialement de couper le câble, avant d’en être dissuadé par les agents d’EDG joints au téléphone, lesquels lui auraient demandé de se limiter à sécuriser les lieux en attendant leur arrivée.

Quelles que soient les interrogations que suscite son témoignage, une chose est certaine : cette nuit-là, son sang-froid et sa présence sur les lieux ont marqué les habitants de Dare-Es-Salam 2.

Grâce au retour au calme et à l’intervention des équipes techniques, la situation a finalement été maîtrisée sans faire de victime, évitant ainsi qu’un incident électrique ne dégénère en catastrophe.

Sékou Amadou