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Guinée : la militante Fatimatou Diallo libérée après 11 mois d’oubli carcéral

Conakry, 8 septembre 2021-Après 330 jours environs de détention arbitraire, marquée par des traitements dégradants et des conditions inhumaines, Fatimatou Diallo, militante active de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a enfin retrouvé la liberté. Son calvaire a pris fin dans la foulée du renversement du régime d’Alpha Condé, survenu le 5 septembre 2021.

Arrêtée le 22 octobre 2020, elle participait alors, avec d’autres manifestants, à un rassemblement convoqué par l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (ANAD), dirigée par Cellou Dalein Diallo. La mobilisation visait à exiger la publication des résultats réels du double scrutin présidentiel et référendaire du 18 octobre, entaché, selon plusieurs sources, de nombreuses fraudes.

Dispersés dans les différentes prisons de la capitale, les manifestants arrêtés ont été répartis entre plusieurs centres de détention. Fatimatou Diallo, elle, a été conduite à la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS) Éco 18 de Cosa, dans la commune de Ratoma. Elle y a passé près d’un an, recluse dans un centre tristement réputé pour ses conditions de détention alarmantes.

Dans ce centre, elle affirme avoir été soumise à des tortures physiques, à des humiliations morales, à des privations de soins, et à un isolement total, sans accès à un avocat.

« Je ne souhaite à personne ce que j’ai vécu. Même à mes ennemis », confie-t-elle d’une voix fragile, rencontrée quelques jours après sa libération, alors qu’elle se repose à l’ombre d’un manguier dans la cour familiale.

« Chaque jour en détention était une épreuve. La solitude pesait, mais le plus insupportable, c’était l’incertitude, le silence autour de mon sort. Les interrogatoires, souvent brutaux, alternaient avec de longues heures d’attente. J’ai vu des femmes et des hommes pleurer, brisés par un système qui nie la dignité humaine », raconte-t-elle avec émotion.

Son visage amaigri et son regard voilé portent les traces d’un traumatisme profond que ni le temps ni les mots ne semblent pouvoir effacer. Elle dit avoir puisé sa force dans la pensée constante de ses enfants.

« Une flamme résistait en moi. Je pensais sans cesse à mes enfants, à tous ceux qui comptaient sur moi pour faire entendre leur voix. C’est ce lien qui m’a permis de tenir, malgré la faim, le froid, la peur et l’oubli », se souvient-elle.

Marquée à jamais par son séjour carcéral, elle confie ne plus être la même. « Ce que j’ai vécu dépasse les mots », dit-elle, mais elle affirme vouloir témoigner, pour que ce « calvaire ne reste pas dans l’ombre ».

Si le traumatisme reste vif, elle admet nourrir un espoir, même né d’un bouleversement brutal du pouvoir.

« Aujourd’hui, libérée au lendemain du coup d’État, je ressens un nouvel élan, un souffle d’espoir. L’arrivée des nouvelles autorités offre une chance inespérée pour que la justice triomphe enfin, et que la Guinée entre dans une ère de respect des droits humains. Je veux croire que les jours sombres appartiennent désormais au passé », confie l’ancienne détenue, le regard fuyant.

L’histoire de Fatimatou Diallo est loin d’être un cas isolé. Elle incarne le sort de centaines de Guinéens victimes de détentions arbitraires dans un climat de répression politique étouffant, sous le régime d’Alpha Condé. Plusieurs rapports d’ONG nationales et internationales ont dénoncé ces dérives contraires aux principes fondamentaux des droits humains.

Sidafa Keita pour kibanyiguinee.info