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Daresalam 2 : un corps abandonné près des rails, une mort entourée de mystères

Conakry s’enlise dans une série de découvertes macabres. Ce dimanche 27 juillet, un nouveau corps sans vie a été retrouvé dans le quartier de Daresalam 2, secteur marché, en bordure des rails. Un jeune homme, la vingtaine révolue, abandonné de nuit devant un centre de santé, sans identité ni explication.

Tôt le matin, les habitants de ce quartier de la banlieue de la capitale guinéenne découvrent le corps, allongé sur le dos. Il ne porte qu’un pantalon jean, le torse entièrement nu. Aucun papier, aucun objet ne permet de l’identifier. À partir de 8 heures, une foule se rassemble autour du cadavre. Certains espèrent le reconnaître, d’autres ne font qu’observer. Mais ni les riverains ni les passants ne savent qui il est

La version livrée par le président du conseil de quartier apporte un premier éclairage :
« C’est aux alentours de 1h-2h du matin que j’ai été appelé par mon chef carré, m’informant de la présence d’un corps sans vie dans notre quartier, au secteur marché. », relate Dr Mohamed Naby Cissé.

Alerté, il contacte aussitôt la police, la gendarmerie et informe sa hiérarchie communale : « À mon tour, j’ai appelé les forces de l’ordre (police et gendarmerie) et tenu informée ma hiérarchie (mairie) de la situation. Ordre m’a été donné de patienter jusqu’au petit matin. Ce que j’ai fait. »

Le jour levé, les premières rumeurs circulent. Selon plusieurs témoignages, le jeune homme aurait été transporté sur une moto par deux autres individus. « Selon les informations recueillies, celui qui est décédé a été transporté sur une moto. Ils étaient trois sur la moto. Ils sont venus le laisser à la devanture de la clinique de la solidarité. Ils l’ont laissé là vers 1h du matin et sont partis. », explique encore Dr Cissé.

À cela s’ajoutent des rumeurs persistantes dans le quartier : les individus venus déposer le corps seraient venus du Radar, une zone réputée pour être fréquentée par des jeunes consommateurs de drogue, et où règnent désordre et insécurité. Si ces affirmations restent pour l’heure invérifiables, elles donnent une indication sur le climat délétère qui entoure l’affaire.

Interrogé sur l’implication de la structure sanitaire, Dr Cissé est formel : « Même les agents de santé n’étaient pas informés » au moment du dépôt du corps devant leur centre. Une précision qui soulève davantage de questions sur la manière et les raisons de cet abandon nocturne.

Sur place, la Brigade spéciale d’intervention de la police du centre communal de Gbessia tente de reconstituer les faits. Mais le commandant de la BSIG refuse toute déclaration : il dit ne pas avoir reçu l’autorisation de sa hiérarchie pour communiquer.

Dans un premier temps, les autorités envisagent un transfert du corps vers une morgue. Mais les structures de conservation des CHU de Donka et d’Ignace Deen seraient déjà saturées. Le chef de la police scientifique, selon des sources présentes, s’y trouverait pour y déposer d’autres corps.

Face à l’impossibilité d’identifier la victime et à l’absence de place en morgue, le corps a été transporté sur un brancard jusqu’à la mosquée du quartier. Il y est resté jusqu’à 17 heures, sans qu’aucun parent ni proche ne vienne. Le jeune homme a finalement été enterré dans le cimetière local, sans nom, sans histoire connue.

Un jeune inconnu, une moto, une nuit trouble, et une capitale en proie à l’indifférence. L’enquête est ouverte, mais entre saturation des structures, silence des autorités et zones d’ombre persistantes, l’espoir de vérité semble bien mince.

Sidafa Keita