Secrets d’État et mémoire du pouvoir : les confidences troublantes du président de la HAC
Invité d’une émission très suivie sur Kaback TV, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, a tenu des propos lourds de sous-entendus, relançant le débat sur la mémoire du pouvoir et les zones d’ombre de la gouvernance en Guinée. Figure centrale de l’appareil étatique depuis plusieurs décennies, il affirme détenir des secrets compromettants sur de nombreux hauts responsables ayant exercé des fonctions ministérielles ou politiques sous différents régimes.
Face aux téléspectateurs, Boubacar Yacine Diallo s’est présenté comme un témoin privilégié des coulisses du pouvoir guinéen. De l’ère du général Lansana Conté à celle du général Sékouba Konaté, jusqu’aux autorités actuelles, il dit avoir vu défiler les mêmes acteurs, observer les mêmes démarches et assister aux mêmes pratiques. Une continuité qui, selon lui, dépasse les changements de régime et révèle une constance troublante dans les comportements des élites dirigeantes.
« Le jour où j’écrirai, moi aussi, à mon tour, peut-être que beaucoup prendront la fuite. Car j’ai vu tout le monde venir sous l’arbre chez le général Lansana Conté. Je les ai vus venir, je les ai vus repartir. Ensuite, sous le général Sékouba Konaté, je les ai vus venir, je les ai vus repartir », a-t-il confié, laissant planer le poids de révélations à venir.
Sans citer de noms, le président de la HAC a insisté sur la portée potentiellement explosive de son témoignage s’il venait à être consigné par écrit. Il affirme être en mesure de parler, au présent, de chacun de ceux qui ont exercé une parcelle de pouvoir au sommet de l’État, notamment au niveau ministériel.
« Aujourd’hui (encore), je les vois venir, je les vois repartir. Je peux parler au présent de chacun de ceux qui ont exercé une parcelle de pouvoir ici. Et quand je raconterai ce que j’ai vécu, beaucoup vont quitter la Guinée », a-t-il martelé.
Ces déclarations résonnent dans un contexte politique marqué par une libération progressive de la parole d’anciens dignitaires. Boubacar Yacine Diallo, ancien directeur général de l’Office de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (ORTG), ex-ministre de l’information, ancien conseiller à la présidence de la République et ancien président du Conseil national de la communication (CNC), a occupé des postes stratégiques lui offrant une connaissance intime des mécanismes de l’État.
Ses propos interviennent également dans le sillage de la publication récente d’un ouvrage intitulé : « Le coup d’Etat contre Alpha Condé », de Tibou Kamara, ancien ministre sous Alpha Condé, dans lequel ce dernier a livré de nombreuses révélations sur le régime déchu et le comportement de certains hauts cadres. Autant de signaux qui laissent entrevoir l’émergence d’une littérature politique de révélations, susceptible de bousculer durablement le récit officiel de plusieurs décennies de gouvernance en Guinée.
Sidafa Keita