La semaine écoulée a été marquée par plusieurs faits d’actualité, mais un événement a particulièrement retenu l’attention. Entre autres, la communication de l’Association professionnelle des banques (APB) sur la crise de liquidité qui affecte durement les Guinéens depuis plusieurs mois.
Alors que les tensions sur les retraits bancaires, les plafonds imposés aux clients et les difficultés d’accès au cash alimentent les inquiétudes, suscitant des prises de parole répétées, l’APB a fait une sortie que certains observateurs et analystes économiques qualifient de « malencontreuse ».
Le 26 mars dernier, l’organisation a publié une déclaration censée éclairer l’opinion. Une sortie au ton défensif, qui intervient surtout en réaction aux analyses pointant la responsabilité des politiques publiques, notamment les opérations de mobilisation de ressources de l’État.
Dans sa communication, l’APB s’emploie à dissocier les emprunts obligataires à la crise de liquidité. Certes, ces instruments de financement sont légalement reconnus et couramment utilisés pour soutenir les budgets publics. Mais nier tout lien entre ces levées de fonds massives et les tensions de liquidité observées dans le système bancaire relève d’un raccourci difficilement soutenable. Dans un contexte où les banques commerciales sont fortement sollicitées pour souscrire aux titres publics, une contraction mécanique de la liquidité disponible pour les clients ne peut être écartée d’un revers de main.
En effet, la perception que les agents économiques ont eu du plafonnement de leurs retraits dans les banques primaires les ont conduits à faire un lien causalité avec l’opération sur les réserves obligatoires. De ce fait, l’instinct de précaution a prévalu et a suscité une anticipation rationnelle des opérations économiques les conduisant à conserver la monnaie pour continuer leurs activités, plutôt que de faire des dépôts dans les banques qui ne leurs permettraient pas d’entrer en possession en cas de besoin.
L’APB avance par ailleurs que les réserves obligatoires actuelles du système bancaire s’élèvent à plus de 8 750 milliards GNF, soit un ratio de 11,75 % des dépôts. Une affirmation qui, si elle est exacte, traduirait une certaine solidité du dispositif prudentiel. Mais elle soulève une interrogation centrale. À savoir, pourquoi, dans ces conditions, les établissements bancaires peinent-ils à satisfaire la demande de retraits ? En théorie, les banques peuvent recourir au refinancement auprès de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) pour faire face à des tensions temporaires de liquidité. Le recours limité à ce mécanisme interroge sur la profondeur réelle du problème et sur la qualité des actifs mobilisables.
Autre ligne de défense de l’APB, c’est la responsabilité des usagers, accusés de privilégier le cash et la thésaurisation au détriment des moyens de paiement électroniques. Cet argument, également repris par les autorités, apparaît réducteur. La préférence pour le numéraire n’est pas un phénomène nouveau en Guinée. Historiquement, le système bancaire a coexisté avec une forte culture du cash sans provoquer de crise systémique. La différence aujourd’hui réside davantage dans l’érosion de la confiance.
La confiance constitue en effet le socle de tout système financier. Dès lors qu’elle est fragilisée, par des restrictions de retraits, des rumeurs persistantes ou des politiques perçues comme contraignantes, les déposants adoptent des comportements de précaution, accentuant la pression sur les liquidités. Accuser ces derniers revient à minimiser l’ampleur du phénomène.
Les déclarations récentes du porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, illustrent ce malaise. Selon lui, près de 1 000 milliards GNF auraient été injectés dans l’économie entre le premier trimestre 2025 et celui de 2026, sans effet visible sur la circulation monétaire. Une situation qui, loin de rassurer, s’apparente à un aveu d’impuissance face à une crise de confiance persistante.
En définitive, la sortie de l’APB, loin d’apporter des réponses claires, donne l’impression d’une institution en posture défensive, davantage soucieuse de dédouaner les acteurs publics que d’éclairer l’opinion. À vouloir expliquer l’inexplicable et défendre l’indéfendable, elle prend le risque d’accentuer la défiance déjà profonde entre les banques et leurs clients. Dans un contexte aussi sensible, la transparence et la pédagogie auraient sans doute été plus efficaces que cette communication jugée, à bien des égards, contre-productive.
Samory Keita