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Daresalam2/Amadou Djogo Bah, marchand ambulant : après 45 ans de vie dans sa maison construite au prix de 15 ans de sacrifices, l’État lui demande de partir

Il est 16 heures ce mardi 25 août 2026. Amadou Djogo Bah, un sexagénaire au visage marqué par les années, est assis dans un coin de sa concession. À ses côtés, deux de ses fils, à peine sortis de l’enfance, sont installés à même le sol, adossés au mur. Sur ce même mur apparaissent plusieurs croix rouges et une inscription noire : « C010 ». Le regard perdu dans le vide, le père et ses enfants semblent plongés dans une profonde réflexion. Juste en face, deux femmes et leurs filles s’activent à sortir les ustensiles de la maison.

Malgré le choc, l’homme accepte de nous recevoir et de répondre à nos questions. Marié à deux femmes et père de onze enfants, Amadou Djogo Bah gagne sa vie comme marchand ambulant. Chaque matin, avant même le lever du soleil, il quitte son domicile pour chercher de quoi nourrir sa famille.

Ce jour-là, alors qu’il se trouvait déjà en ville, un appel urgent de ses proches le contraint à rentrer précipitamment. À son arrivée, la surprise est brutale : des agents de la Direction de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme (DATU) ont marqué sa maison. Les inscriptions signifient une chose : son habitation figure parmi les bâtiments promis à la démolition.

« J’ai passé toute ma vie ici. Chaque jour, je me bats pour trouver la dépense de la famille », confie-t-il d’une voix tremblante.

L’homme peine à accepter l’idée de devoir abandonner cette maison qu’il a construite brique après brique grâce aux revenus de son petit commerce. Quinze années de sacrifices ont été nécessaires pour ériger ce toit sous lequel il vit depuis plus de quatre décennies. C’est ici qu’il a vu naître et grandir ses enfants. C’est ici qu’il a bâti toute son histoire.

Originaire de Maci, dans la préfecture de Pita, il a quitté son village alors qu’il était encore jeune. Comme tant d’autres, il est venu tenter sa chance à Conakry. La capitale lui a imposé ses épreuves, ses difficultés et ses privations. Mais avec persévérance, il a fini par se construire un foyer. Aujourd’hui, ce symbole de réussite semble lui échapper.

« Ils sont venus marquer ma maison… », lâche-t-il avant d’éclater en sanglots, submergé par l’émotion.

Après une longue pause, il reprend : « Je suis ici depuis 45 ans. Ils sont venus marquer la maison, mais à part ça, ils n’ont rien expliqué. J’ai une grande famille. Je ne sais pas comment faire. Je suis inquiet parce que je n’ai pas les moyens de partir ni de reconstruire ailleurs. »

Désormais confronté à l’incertitude, il en appelle à l’aide de l’État afin de pouvoir retourner dans son village natal si aucune autre solution ne lui est proposée.

Comme Amadou Djogo Bah, de nombreux habitants vivant à proximité de la décharge de Daresalam 2 sont concernés par les opérations de déguerpissement. Selon des représentants du quartier, les habitations situées dans un rayon d’environ 100 mètres autour du site sont visées. Une centaine de bâtiments seraient concernés.

Les occupants auraient reçu un délai de 72 heures pour libérer les lieux avant l’entrée en action des engins de démolition.

Alseny Sylla